L’une des plantes dont je me souviens le mieux de mon jardin d’enfance est la Marguerite du Cap (Osteospermum sp.). C’est une vivace rampante qui produit d’énormes marguerites blanches au cœur bleu violacé. Elle retombait sur une partie du mur de soutènement en face de la terrasse et me fascinait presque autant que sa voisine, la liane de jade (Strongylodon macrobotrys).
La seconde est difficile à trouver et à cultiver en intérieur. Mais la première est, en réalité, accessible à tou-te-s les jardiniers et jardinières. J’en ai adopté un petit pied par hasard l’année dernière, que j’ai installé sur le balcon. Sacha étant un chat-bulldozer, il a réussi à casser l’une des branches. C’est donc l’occasion parfaite pour vous expliquer pas à pas comment bouturer l’Osteospermum.
Au sommaire dans cet article
ToggleQuand bouturer l’Osteospermum ou Marguerite du Cap ?
Principe du bouturage
Vous ne connaissez pas encore le principe du bouturage ? Pas de panique, voici une petite explication.
Le bouturage, c’est un processus de multiplication d’une plante sans faire appel aux fleurs et aux graines, mais à partir d’un morceau de la plante.
Pour faire simple, les plantes ont un pouvoir magique. Certaines de leurs cellules peuvent, en théorie, recréer une plante entière. C’est la reproduction végétative. Un système de survie que l’humain exploite pour multiplier rapidement les plantes.
En réalité, ces nouvelles plantes sont des clones de la plante mère. C’est même la seule manière que nous connaissons pour créer de nouvelles plantes porteuses de la même anomalie que la maman : couleur rare d’une feuille, motif étrange… Beaucoup de nos variétés les plus récentes sont nées ainsi.
Toutes les plantes ne se bouturent pas et certaines sont assez délicates. Mais bouturer une Marguerite du Cap est plutôt simple et possède un bon taux de réussite lorsque l’on met tous les chances de notre côté.
La bonne saison pour bouturer l’Osteospermum
Idéalement, il faudrait bouturer la Marguerite du Cap au printemps ou à la fin de l’été. Si vous venez de tailler votre plante pour faire un peu de place ou lui donner une jolie forme, ça serait dommage de tout jeter, non ? Vous pouvez garder quelques branches pour en faire des boutures.
Mais pour être tout à fait honnête, vous pouvez la bouturer tout le long de la belle saison, si jamais il arrivait un petit accident à votre plante mère ou si vous réussissez à vous faire offrir une bouture à l’occasion.
Bouturer l’Osteospermum pas à pas
Dans le monde horticole, il existe plusieurs manières de bouturer : dans l’eau, en sphaigne, en terreau… Pour l’Osteospermum, je trouve que la manière la plus efficace est le bouturage à l’étouffée. Non, je ne vous propose pas d’étouffer votre plante, promis !
Il s’agit d’un bouturage en terreau, où nous enfermons les jeunes boutures sous cloche pour leur offrir un effet de serre : une ambiance chaude et humide. Un peu comme une cuisson à l’étouffée si vous avez l’âme d’un cuisinier. La chaleur et l’humidité vont accélérer la production de nouvelles racines et la reprise de la bouture.
Matériel
Pour réaliser nos boutures d’Osteospermum, nous allons avoir besoin :
- d’un sécateur bien aiguisé et désinfecté (un peu d’alcool à désinfecter convient très bien) ;
- de petits pots percés au fond, en terre ou en plastique ;
- de terreau pour semis avec un peu de perlite ou de vermiculite (10-15 % d’éléments drainants pour 85-90 % de terreau) ;
- d’eau à température ambiante, si possible sans chlore pour l’arrosage ;
- d’une cloche ou équivalent (demi-bouteille en plastique transparent, sac de congélation…) ;
- un crayon et des étiquettes ;
- de notre plante mère, bien sûr.
Vous avez tout votre matériel ? Alors c’est parti !
Étape 1 : prélever les boutures
Pour commencer, nous allons couper quelques tiges de Marguerite du Cap, si possible non fleuries. Si elles sont toutes en fleurs, tant pis, nous ferons un peu de nettoyage dans la prochaine étape.
Nous allons couper des tiges d’une dizaine de centimètres, en coupant en biais. Un sécateur bien aiguisé et désinfecté permet de faire une taille bien nette et propre, réduisant les risques de champignons pour la plante mère.
💡 Parfois, nous prélevons des boutures un peu à la sauvage : chez des ami-e-s, suite à un accident, tentative de sauvetage… Mais si vous avez la possibilité de bien faire les choses, arrosez généreusement votre plante mère la veille. Votre future bouture aura ainsi ses réserves rechargées à bloc pour la suite.
Dans mon cas particulier, Sacha a cassé une branche complète de l’Osteospermum. Je vais devoir la découper en plusieurs boutures.
J’ai divisé ma branche d’origine en quatre boutures d’une petite dizaine de centimètres chacune.
Étape 2 : préparer les boutures
Une fois isolée de leur mère, il faut préparer les boutures. J’aime les laisser une demi-heure sur une table, à l’ombre, le temps de laisser les plaies sécher. Mais c’est une préférence personnelle.
La première chose à faire est de retirer toutes les fleurs et les boutons. Oui, je sais, c’est assez triste. Mais les fleurs consomment énormément d’énergie et nous voulons que nos boutures se concentrent sur la fabrication de nouvelles racines.
Puis, vous allez supprimer toutes les feuilles sur au moins la moitié inférieure de la tige. C’est la partie qui ira dans le sol. Y laisser des feuilles va juste augmenter le risque de pourriture.
💡 Si les feuilles qui restent sont très grandes, vous pouvez les couper en deux. Cela va réduire les besoins en eau de la plante le temps qu’elles fassent des racines, tout en lui laissant assez de feuilles pour faire de la photosynthèse et donc alimenter sa croissance.
Pour préparer ses boutures d’Osteospermum, il faut supprimer les fleurs et les feuilles du bas.
Votre bouture doit ressembler à ceci une fois prête. N’hésitez pas à réduire les plus grandes feuilles d’un tiers, voire de la moitié.
Étape 3 : mettre les boutures en terre
Une fois que nos boutures sont préparées, il est déjà temps de les mettre en terre.
Préparer les pots
Vous pouvez mettre une bouture par pot si vous le souhaitez. J’ai installé mes boutures dans le même pot, car je n’ai pas particulièrement l’intention de les séparer plus tard. Elles seront replantées ensemble.
Si vous souhaitez les séparer, il mieux vaut le faire maintenant. Ça limitera les manipulations plus tard qui pourraient abîmer les racines.
💡 Vous pouvez utiliser des pots en plastique comme des pots en terre cuite. C’est selon votre préférence. Restez sur de petits pots pour que le sol ne reste pas détrempé. Vous pouvez utiliser des pots transparents si vous le souhaitez. Ce n’est pas indispensable, mais vous verrez les racines apparaître le long des parois.
Remplissez les pots de votre mélange de terreau pour semis et perlite (jusqu’à 15 %) en tassant légèrement. Arrosez généreusement pour que le substrat soit bien humide, puis laisser égoutter.
Installer les boutures
Avec un crayon, faites un trou dans chaque pot. Planter votre bouture dans le trou, tête en haut et partie sans feuille dans le terreau. Tasser le terreau autour de la bouture du bout des doigts.
Et voilà, c’est déjà (presque) terminé !
💡 J’essaye de toujours mettre une étiquette à mes boutures, avec le nom de la plante et la date du bouturage. Cela me permet de les reconnaître facilement, surtout quand vous avez des « prop box », de grandes boites à boutures avec plusieurs espèces mélangées.
Le plus efficace est de préparer toutes nos boutures d’Osteospermum avant de commencer la mise en terre.
Une ou plusieurs boutures par pot dépend surtout de votre préférence. Mais attention à les planter dans le bon sens !
Que se passe-t-il ensuite ?
Étape 4 : entretenir les boutures à l’étouffée
Une fois nos boutures dans leur pot avec leur étiquette, il reste à les mettre sous leur cloche. Vous pouvez utiliser n’importe quel récipient, du moment qu’il est transparent et fermé pour le retourner sur le pot.
💡 J’utilise très souvent des sacs de congélation. Peu chers et faciles à trouver, je les trouve assez pratiques à ouvrir et fermer si besoin sans faire l’équilibriste. Et ils se réutilisent pendant des années.
Une fois la cloche placée, il reste à installer nos boutures à la bonne place : de la chaleur et de la lumière. Au printemps, il mieux vaut garder nos boutures à l’intérieur, où les températures sont plus douces. En fin d’été, vous pouvez les garder plus facilement dehors.
Et voilà. Il suffit désormais de patienter et d’ouvrir la cloche quelques minutes tous les jours pour renouveler l’air. Ce n’est pas tant pour l’oxygène, mais surtout pour éviter qu’il y ait trop d’humidité, ce qui entraîne des risques de pourriture des boutures.
N’oubliez pas d’arroser de temps en temps, le terreau doit rester humide.
Étape 5 : repiquer les boutures
Après quelques semaines sous cloche, nos boutures se sont enracinées. Si vous avez utilisé des pots transparents, vous devriez voir apparaître de fines racines blanches. Sinon, fiez-vous à la tête des boutures. Des signes de croissance, comme de nouvelles feuilles, indiquent que les racines sont suffisamment bien développées pour que la plante se concentre sur ses feuilles. Il est temps de les planter !
Car oui, vous n’allez pas laisser votre bouture dans ce tout petit pot, si ? Elle ne va pas pouvoir devenir aussi grande qu’elle le pourrait si vous la traitez comme un bonsaï.
Vous avez plusieurs solutions maintenant :
- vous pouvez repiquer les boutures au pied de la plante mère. C’est la manière la plus rapide d’avoir une plante bien touffue ;
- vous pouvez créer une nouvelle potée ou les installer dans un nouvel endroit du balcon. C’est ce que j’ai l’intention de faire avec mes boutures ;
- vous pouvez les offrir ou les troquer contre d’autres plantes ! Elles ont désormais l’âge de quitter leur nid.
Si replantation il y a, vous pouvez les installer dans un terreau classique, comme un terreau universel, un terreau spécial balcon ou votre base organique préférée, agrémentés d’un peu de perlite pour améliorer le drainage.
Un simple sac de congélation transparent remplace facilement une cloche traditionnelle.
Les boutures pourront venir densifier la plante mère ou créer une nouvelle potée ailleurs sur le balcon.
Étape 6 : prendre soin des jeunes pieds
L’entretien des jeunes Marguerites du Cap est similaire à celui de la plante mère : de la lumière et des arrosages réguliers.
💡 La petite astuce, c’est de pincer les premières fleurs. Oui, je sais, encore ! Mais cela va encourager nos jeunes Osteospermum à ramifier, c’est-à-dire à faire plusieurs tiges au lieu d’une. Votre plante va devenir plus touffue et fera plus de fleurs par la suite.
Nous cultivons très souvent les Marguerites du Cap comme des annuelles, dans les jardinières d’été. Mais il est tout à fait possible de les garder d’une année sur l’autre. Et donc d’avoir des plantes de plus en plus en grandes au fil des saisons.
Au début de l’automne, il suffit de leur faire une petite taille de formation pour leur donner une jolie forme (et faire de nouvelles boutures !) puis de les protéger des grands froids.
L’Osteospermum résiste jusqu’à -6 °C. Si vous avez un climat doux, vous pouvez la laisser au balcon, avec éventuellement un voile d’hivernage en cas de grosse gelée. Si vous avez des hivers rudes, rentrez-la dans une pièce fraîche et lumineuse, comme une véranda ou une serre froide. Elle repartira gentiment au printemps.
Prêt-e à bouturer votre Osteospermum ?
L’Osteospermum, ou Marguerite du Cap, est une petite vivace aux grandes fleurs lumineuses qui a toute sa place dans les jardinières d’été. Facile à vivre, elle est aussi simple à multiplier grâce au bouturage à l’étouffée.
Quelques coups de sécateurs, un peu de patience et hop ! Vous voilà avec une série de nouvelles plantes à replanter au balcon ou à partager autour de vous.
J’espère que ce petit tutoriel vous aidera. Si vous avez la moindre question, posez-la dans les commentaires ou contactez-moi directement. Je vous répondrai avec plaisir.
Bon jardinage et profitez bien de vos plantes !
