Comment faire un jardin : la première étape

Vous vous êtes déjà demandé comment faire un jardin ? Maintenant que j’ai déménagé, c’est la question à laquelle je fais face. Ce qui est assez ironique puisque je suis, de métier, paysagiste. La personne qui dessine des jardins, des espaces publics… Enfin, certaines et certains d’entre nous. Moi, je travaille plutôt à l’échelle des grands territoires.

Mais, à la base, je suis devenue paysagiste par amour des jardins. Et d’une certaine manière, me voilà enfin arriver à mon but : faire un jardin. Faire MON jardin. Avec toutes les inspirations rassemblées depuis tant d’années, toutes mes envies et surtout aucune autre limite de celles de la parcelle (et de mon portefeuille). 

C’est enthousiasmant et un peu intimidant. Comme acheter la maison en fait. Mes cartons sont posés, le gros œuvre dans la maison presque terminé et le printemps pointe le bout de son nez. Je suis presque en retard pour réaliser mon rêve !

Comment faire un jardin : première étape, l'observation

S’il y a bien une chose que les plantes tropicales m’ont apprises depuis toutes ces années, c’est qu’il est plus facile de les faire pousser en s’adaptant aux conditions qu’on possède plutôt qu’en essayant de forcer les choses. Dans un jardin, c’est pareil. 

C’est même encore plus important puisqu’il est bien difficile de modifier le climat de manière artificielle dans un jardin. A moins bien sûr de pouvoir construire et entretenir une serre. Mais soyons réalistes deux secondes, je n’ai pas encore gagné au loto. 

Alors, comment faire un jardin ?

L’école et l’expérience m’ont appris que l’observation était la meilleure manière de débuter un projet. Un jardin, un balcon, une jungle d’intérieur… ou même tout autre projet qui touche, de près ou de loin, la modification d’un espace. 

Si on avait tout le temps du monde, je vous dirais qu’il faut observer un terrain au moins une année entière avant de commencer à construire un jardin. Douze mois et la possibilité d’observer comment la nature s’y comporte au fil des saisons. 

Parce qu’un jardin, ça se construit avec la nature, pas contre elle. Enfin, si, vous pouvez faire abstraction d’une partie des caractéristiques naturelles d’un lieu. Les jardins de Versailles sont construits sur un ancien marais après tout. 

Mais je veux un jardin heureux. Un jardin vivant, généreux, grouillant de vies et de surprises. Un jardin facile à entretenir aussi, parce qu’il sera adapté au lieu. Et ça, ça demande de connaître son (futur) jardin.

Le sol, c'est la base

Ça paraît évident, non ? Le sol, c’est la fondation du jardin. Alors, on peut modifier à la marge certaines caractéristiques mais, globalement, la nature du sol va orienter le choix des plantes. 

Il existe des tests, à la maison ou en laboratoire, qui nous donnent la composition du sol. Et j’en ferai surement un peu plus tard, quand il sera temps d’améliorer mon futur potager. 

Mais j’ai observé mon jardin au fil des week-ends sur les quatre derniers mois et j’ai déjà appris pas mal de choses.

Un sol acide

Un sol naît d’un sous-sol, de la roche elle-même. Vous savez ce qui vous indique la nature de la roche dans une région/un secteur ? L’architecture traditionnelle.

Oui je sais. C’est une observation peu conventionnelle, mais je suis spécialisée dans le patrimoine et les grands paysages. Ce sont des détails qui me sautent aux yeux. Déformation professionnelle probablement.

Ma maison, du haut de ses 120 et quelques bougies, possède des tours de portes et fenêtres en granit. A l’époque (et bien avant), on construisait principalement avec les matériaux locaux (à moins d’être très riche).

Il est donc plutôt facile d’émettre l’hypothèse qu’on est sur un sol d’origine granitique. Ce qui est assez cohérent géographiquement : on est sur le massif armoricain, comme en Bretagne.

Et qui dit granit, dit sol acide, une caractéristique qui se répercute dans la végétation spontanée et dans les jardins voisins. Des bruyères (Erica sp.), des camélias, des hortensias, des rhododendrons… Que des plantes qui, en jardinerie, sont vendues comme « plantes de terre de bruyère », c’est-à-dire un sol acide.

Ça sera mon premier challenge : je n’ai jamais eu l’occasion de me confronter à un sol acide. Ça veut dire pas mal d’expériences à venir pour voir qui va bien pousser ici.

Cette grande bruyère, qui a fleurit tout l'hiver, est typique des sols acides.

Cette grande bruyère, qui a fleurit tout l’hiver, est typique des sols acides.

Un sol humide

Vous allez me dire qu’il a plu tout l’hiver, évidemment que le sol de mon jardin est humide. Mais non, ce n’est pas ce qui me met la puce à l’oreille. Ce sont les saules. Les innombrables tiges de jeunes saules qui sont littéralement en train d’envahir un bon quart de la parcelle. 

Les saules sont à l’origine des plantes de berge et ont besoin d’une quantité d’eau non négligeable dans le sol, toute l’année, pour être en bonne santé. Alors, je ne sais pas qui a amené le premier saule dans la parcelle, mais ils ont l’air de s’y plaire.

En contre partie, malgré trois mois de pluie en continue, je n’ai jamais repéré la moindre flaque. De la terre coulante à souhait sous les bottes ? Oui. Des camionnettes embourbées pendant les travaux ? A répétition. Mais jamais de flaque. 

Cette combinaison me plaît : le sol n’est pas trop tassé au point que l’eau reste en surface. Mais il retient l’eau dans les couches supérieures, disponibles pour les plantes. C’est plutôt bon signe pour mes tomates et mes Colocasia, non ?

Saules et ronces : il y a de nettoyage à faire avant d'imaginer un jardin ici

Saules et ronces : il y a de nettoyage à faire avant d’imaginer un jardin ici

L'indispensable lumière

Vous connaissez la règle n°1 pour les plantes d’intérieur : la lumière est la clef du succès. Au jardin ou sur un balcon, c’est pareil. Si les plantes ne reçoivent pas la bonne lumière, elles auront du mal à rester en bonne santé. 

Je suis plutôt chanceuse sur ce point. OK, j’avoue : ça n’a rien à voir avec la chance.  La lumière est l’un de mes critères prioritaires quand je déménage depuis des années.

La maison est au milieu de la parcelle et je n’ai pas de vis-à-vis direct, donc il y a toujours un coin du jardin au soleil dans la journée. Je vais donc pouvoir installer différents projets en fonction de l’intensité et de la durée de l’exposition. 

Par exemple, le potager sera à l’ouest de la maison, pour profiter du soleil chaud de l’après-midi et de la chaleur renvoyée par le pignon de la maison la nuit. Mes tomates vont adorer.

La serre froide est implantée à l’est de la maison. Bon, elle a besoin de beaucoup de travaux pour redevenir opérationnelle. Elle fait face au sud, ce qui m’a un peu inquiétée : c’est intéressant en hiver, mais l’été, ça va peut vite devenir un four ! Cela dit, il y a plus de mousse que d’herbe devant, peut-être que les arbres et arbustes déjà en place autour suffiront à limiter les températures ? Je vais observer tout ça tranquillement, puisque je ne peux pas m’en servir pour l’instant.

Enfin, le climat

Bon, on en sait déjà pas mal sur ce jardin, non ? Reste la question du climat. Les passionnés de plantes d’intérieur savent l’importance de la température, et ça joue aussi dans le jardin. Comme pour le sol ou l’exposition, cela va influencer mes choix et projets. 

Il y a deux types de climat. Le climat général, celui de la région dans laquelle on vit et dont on trouve les informations facilement sur Internet. C’est un peu délicat désormais avec le changement climatique, parce que les moyennes bougent. Il faudra être retrouver l’habitude de se fier aux repères phénologiques. 

Et le microclimat : le climat de notre jardin, peut-être, dans certains cas, les climats du jardin selon l’emplacement. Celui-là, je vais devoir faire connaissance avec lui dans les années qui viennent.

Mais dans le climat régional, ce que l’on oublie souvent, c’est le vent. En particulier les vents dominants, qui peuvent être dévastateurs pour un jardin. 

Chez moi, ce sont les vents d’ouest qui dominent, ceux des tempêtes hivernales. Et étonnamment, c’est l’un des deux côtés de la parcelle qui n’a pas de haie. Probablement parce que ça donne sur un jardin et pas la rue. Mais ça ne protégera pas mon potager.

Donc, un de mes premiers projets va être de planter une haie le long de la clôture. Pas trop haute pour garder un maximum de lumière dans le jardin, mais suffisamment pour protéger le potager du vent en hiver.

Le futur potager...

Le futur potager…

Comment faire un jardin ? Avec ce que la nature nous donne

Les jardins qui m’ont le plus marqué dans ma vie, à quelques exceptions près, ont tous quelque chose en commun. Ils font avec ce qu’ils ont. Le climat, la topographie, la nature du sol… Les jardins les plus extraordinaires sont ceux qui ont embrassé leurs contraintes et en ont fait des forces. Et j’ai bien l’intention d’en faire autant. 

Cela va demander pas mal d’observations et d’expériences, pour bien comprendre ce que j’ai à ma disposition et retenir les plantes et les projets qui s’y plaisent. Normalement, après ces premières observations, je me lancerai bien la tête la première dans le dessin. Là une grande allée, là un géranium…

Mais en réalité, mon jardin tient pour l’instant plus de la friche : des ronces et des saules recouvrent la moitié du jardin, et un quart est un immense tas de branchages et d’orties. J’ai repéré plusieurs endroits où les ronces semblent avoir transpercé une bâche plastique posée au sol. Et je ne compte pas tous les fruitiers (pruniers et pommiers) qui ont repoussé là où sont tombés les fruits, beaucoup trop proches. 

Bref, ma prochaine étape, c’est surtout de commencer le nettoyage, en me focalisant sur deux projets un peu urgents dans mon planning : la haie à l’ouest et le potager. Il est temps que je me rappelle comment on utilise une débroussailleuse !

J’espère que cet article un peu différent vous a plu. Créer un jardin, ou même jardiner en pleine terre, est quelque chose de totalement différent du jardinage en intérieur. Cette nouvelle aventure, j’ai envie de la partager avec vous. C’est pourquoi le site va un peu évoluer. 

Bien sûr, vous aider à créer et chouchouter votre jungle d’intérieur reste ma priorité. C’est ce qui me passionne au quotidien ! Mais de temps en temps, nous parlerons jardin, potager et expériences dehors, avec des variantes en pot pour celles et ceux qui auront envie de tester sur leur balcon. 

Bon jardinage et profitez bien de vos plantes !

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