« Mais les fougères nid d’oiseau demandent plus de lumière que ça » a été l’une des remarques que l’on m’a faite lorsque j’ai partagé avec vous une petite sélection de fougères d’intérieur, et plus particulièrement cinq fougères que je recommande à tout le monde, y compris quand on pense ne pas avoir la main verte. Je vous dois donc, il me semble, une petite explication sur ce qu’est une plante d’ombre d’intérieur et la vérité sur ses besoins en lumière pour être heureuse.
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ToggleVous tuez vos plantes d'intérieur par manque de lumière
Lorsque l’un ou l’une d’entre vous m’appelle à la rescousse pour l’une de ses plantes, c’est généralement pour une absence de croissance, des ravageurs ou un sol qui ne sèche pas. Tout ces signes sont des symptômes d’un problème plus profond, un peu comme une fièvre indique chez nous un problème de santé « invisible ».
Le manque de lumière est notre principal problème
Le plus souvent, la base du problème, c’est que votre plante d’intérieur ne reçoit pas assez de lumière. Or, la lumière est la source d’énergie primaire de toute plante verte ! Si elle ne reçoit pas de lumière, elle va réduire ses besoins. Sa croissance sera donc lente ou inexistante et elle va vider les réserves de ses feuilles les plus anciennes pour survivre.
A ce niveau-là, notre plante ne vit plus, elle survit. Elle est alors plus fragile et sujette à toute sorte de problème : attaque de ravageur, incapacité à faire face à un oubli d’arrosage, etc… Si la situation n’est pas améliorée, notre plante finit par mourir de faim, si on ne l’a pas noyé avant.
Mais la pièce est lumineuse, non ?
Quand je vous indique que votre plante manque probablement de lumière, tout simplement, beaucoup d’entre vous ne comprennent pas. Et c’est normal. La pièce nous paraît lumineuse et nous vivons dedans sans avoir besoin d’allumer les lumières. Pourquoi est-ce que ça ne serait pas suffisant pour nos plantes d’intérieur ?
Reprenons quelques bases ensemble. La majeure partie de nos plantes d’intérieur sont originaires des régions tropicales, là où le soleil est beaucoup plus intense qu’en France continentale. Ainsi :
- Canopé de forêt tropicale : 8 000 à 80 000 lux
- Sous-bois de forêt tropicale : 900 à 6 000 lux
- Jardin sans ombre en France : jusqu’à 40 000 lux
- Jardin à l’ombre d’un arbre en France : jusqu’à 10 000 lux
- A l’intérieur d’une maison : jusqu’à 10 000 lux (devant une fenêtre plein sud)
Bien sûr, ces données sont à titre indicative. Cela dépend des régions, de la saison, de la météo et même de la densité de la forêt pour la lumière en sous-bois. De même pour nos jardins et intérieurs, qui dépendront aussi de l’orientation générale.
Donc ce qui est nous un intérieur lumineux, c’est à peine ce qui est nécessaire pour certaines de nos plantes d’intérieur. Darryl Cheng a une belle manière de l’illustrer : il faut que nos plantes d’intérieur puissent voir au moins une portion du ciel depuis leur place. Plutôt explicite, non ?
Plante d'intérieur d'ombre : une appellation qui porte à confusion
Les Calathea, les Maranta, les fougères sont considérées et vendues comme des plantes d’intérieur d’ombre. Certains articles en ligne parlent même de « plantes qui n’ont pas besoin de lumière ». Il est là, le problème. Le marketing des plantes nous pousse à penser que ces plantes peuvent se plaire tout au fond de la pièce, sans un minimum de lumière.
Les plantes d'intérieur d'ombre ont aussi besoin de lumière
Or, rappelez-vous : dans un sous-bois forestier tropical, la lumière peut monter jusqu’à 6 000 lux. En comparaison, devant une fenêtre face au nord, pendant une belle journée d’été, on peut estimer 2 500 à 3 000 lux, soit la moitié. Ca fait réfléchir non ?
L’idée n’est pas que vous vous promeniez avec un luxmètre à la main toute la journée. La lumière varie en fonction de la météo, de l’heure de la journée et de la saison, mais aussi du contexte (ombrage par un arbre voisin, voilage et film d’intimité…). Vous seriez donc bien en peine d’avoir une donnée stable (sauf en cas d’éclairage artificiel).
Je préfère penser en heures de soleil direct (avec une marge de manœuvre puisque la durée du jour dans l’Hexagone varie franchement entre l’été et l’hiver). Ce n’est pas une méthode précise, mais je trouve qu’elle donne un bon ordre d’idée de la lumière disponible à un endroit donné.
- Plante d’intérieur de plein soleil : au moins 6 h de soleil direct, y compris en milieu de journée > devant une fenêtre orientée vers le sud ou éventuellement à l’ouest. C’est ce que j’appelle une exposition très lumineuse à lumineuse ;
- Plante d’intérieur de mi-ombre = la fameuse « lumière vive indirecte » qu’on entend partout et qui ne veut rien dire : entre 2 et 4 h de soleil direct > devant une fenêtre orientée vers l’ouest ou l’est. C’est ce que j’appelle une exposition légèrement tamisée à tamisée ;
- Plante d’intérieur d’ombre : moins de 2 h de soleil direct en début ou fin de journée > devant une fenêtre orientée vers le nord ou l’est. C’est ce que j’appelle une exposition légèrement ombragée à ombragée.
Ce n’est pas une méthode précise et, comme je le disais plus tôt, cette quantité de lumière varie selon les saisons. Mais elle donne une première idée d’où installer notre plante d’intérieur en fonction de ses besoins en lumière.
Où installer notre plante d'intérieur d'ombre par rapport à la fenêtre ?
Mes explications précédentes concernent les plantes qui sont installées juste derrière la fenêtre. C’est un espace assez limité, n’est-ce pas ? Quand notre jungle comprend quelques plantes, c’est tout à fait jouable. Mais si vous succombez régulièrement à l’appel de la jardinerie, ce dont je plaide coupable, il va vous falloir un peu plus de place.
Il faut savoir deux choses : plus on s’éloigne de la fenêtre, plus la lumière diminue. Et cette dégradation est très rapide. Rappelez-vous, nos plantes devraient être capables de « voir » un morceau de ciel depuis leurs feuilles. Il vaut donc mieux ne pas trop s’éloigner de la fenêtre, même s’il est très tentant d’installer des plantes dans l’intégralité de la pièce.
En parallèle, plus la fenêtre est grande et dégagée, plus elle laisse rentrer la lumière. Ainsi, avec une même orientation, une grande baie vitrée laissera donc passer plus de lumière d’une fenêtre standard. On a donc un peu plus de marge de manœuvre quand on a de grandes fenêtres.
Comment j’installe mes plantes autour des fenêtres ? De manière assez arbitraire, je vous dirais que toutes les plantes d’intérieur doivent rester à moins de deux mètres de la fenêtre, voire moins si votre fenêtre est voilée, ombragée ou orientée vers le nord. Et si vous possédez une baie vitrée plein sud, vous allez pouvoir peut-être tirer jusqu’à 2,20-2,50 m. Mais pas plus !
Après, tout va dépendre du dégagement des fenêtres et de votre orientation. A la louche, je répartie mes plantes ainsi :
- Exposition légèrement tamisée à tamisée : jusqu’à 1 m d’une fenêtre orientée à l’ouest ou au sud ;
- Exposition légèrement ombragée à ombragée : entre 2 m et 2 m d’une fenêtre orientée vers le sud ou l’ouest, jusqu’à 1 m d’une fenêtre orientée vers l’est.
Il y a aussi le cas particulier des pièces traversantes. Parfois, il y a deux fenêtres qui se font face dans la même pièce, comme c’est le cas dans une partie de ma nouvelle maison. Comme la lumière rentre des deux côtés, je pense qu’on peut se permettre d’étirer un peu les distances. Mais le plus important est d’observer comment nos plantes réagissent.
Apprivoiser sa lumière pour bien installer nos plantes d'intérieur
On aura beau faire de la théorie, toutes les fenêtres sont différentes. Leurs dimensions, leur orientation, la présence ou non d’une avancée de toit, d’un arbre à proximité, d’un voilage… sont autant de facteurs qui font varier l’intensité de la lumière d’une pièce à l’autre en plus de la météo, de la saison et de l’endroit où nous habitons.
La lumière est déjà très différente dans la salle de bain (fin d’après-midi, fin février à gauche, fin mai à droite)
Observer sa lumière et ses plantes
C’est pourquoi je trouve que le plus pertinent n’est pas de dégainer un luxmètre, mais d’attraper ses lunettes d’observation et son carnet. Est-ce que le soleil rentre directement par la fenêtre ? Jusqu’où dans la pièce ? Sur une longue période ? De manière saisonnière ou toute l’année ?
Ces observations permettent de se donner une bonne idée de la lumière disponible, de faire un zonage théorique des expositions à notre disposition. L’étape suivante est alors d’installer nos plantes selon nos hypothèses et d’observer, encore.
Est-ce que nos plantes ralentissent leur croissance ou au contraire se mettent à faire des feuilles dans tous les sens ? Est-ce que les feuilles jaunissent et tombent ? Est-ce que certaines d’entre elles se décolorent comme un coussin abandonné au soleil ? Est-ce le sol sèche à la vitesse de l’éclair ou bien reste-t-il humide longtemps, trop longtemps peut-être ?
Nos plantes vont réagir, parfois assez vite. Généralement, en deux ou trois semaines, vous allez être rapidement fixé-e. Peut-être un peu plus longtemps en hiver ou avec des plantes à croissance lente.
Dans tous les cas, si vous observez que votre plante n’est pas très heureuse, décalez-la légèrement, par exemple vers la fenêtre si elle manque de lumière, ou en recul si elle a pris un coup de soleil. Puis observez de nouveau. Cette stratégie est un peu longue la première fois, mais à mesure que l’on se familiarise avec la lumière de notre intérieur et nos plantes, le placement d’une plante est presque instinctif.
Comme j’ai emménagé il y a un peu moins de trois mois, je suis dans cette phase d’observation. Nouvelle maison, nouvelle région, nouvelle orientation… bref, tout à changer pour moi, sauf mes plantes que je connais bien (à part les p’tites nouvelles). Je vous donne deux exemples pour vous compreniez mieux comment j’observe la lumière chez moi.
Cas pratique 1 : la bibliothèque
Ma bibliothèque sera (puisque tout est encore dans les cartons) située au rez-de-chaussée. Elle possède une fenêtre orientée vers le nord-nord-ouest et une vue directe sur le roncier infernal. L’exposition y est donc tamisée en règle générale, à l’exception de la fin de journée pendant la belle saison. Le soleil entre alors dans un angle assez étroit pendant une belle heure mais c’est un soleil très doux. En hiver, il n’y a aucun soleil direct.
Je peux y installer des plantes d’intérieur d’ombre, c’est-à-dire celles qui peuvent se passer de soleil direct ; et des plantes qui demandent légèrement plus de lumière, mais uniquement aux abords immédiats de la fenêtre. Si je me recule plus, la lumière est peut-être suffisante pour bouquiner dans le canapé, mais certainement pas pour des plantes en bonne santé.
J’ai aussi l’intention de rajouter un miroir face à la fenêtre pour rajouter un peu de luminosité. Ca ne sera pas suffisant pour installer des plantes plus loin de la fenêtre mais ça pourra faire un petit complément.
Cas pratique 2 : la salle de bain
La salle de bain est elle aussi installée au rez-de-chaussée, mais elle fait face au sud-sud-est. La fenêtre laisse rentrer le soleil toute la matinée jusqu’à la fin de l’après-midi. Maintenant que le rosier juste à côté a retrouvé ses feuilles, il intercepte une partie du soleil en fin de journée.
J’ai plus de place pour installer des plantes dans la salle de bain que dans la bibliothèque. En fonction des besoins de mes plantes, ma jungle peut reculer et s’étendre sur les bords : des plantes gourmandes de soleil sur le rebord de la fenêtre, puis des plantes d’exposition légèrement tamisée à tamisée, puis enfin des plantes d’intérieur d’ombre. En revanche, aucune plante possible autour du lavabo, car il y fait beaucoup trop sombre.
La disposition actuelle a déjà changé depuis le déménagement. J’ai organisé les plantes pour éviter que celles de devant masquent le soleil à celles qui sont derrière, et j’ai rapatrier ici des plantes qui étaient stockées ailleurs, le temps d’apporter les meubles. Et cela va changer encore en fonction de leur comportement et de la sortie d’une partie de mes plantes dans le jardin pour la belle saison. D’ailleurs, à l’heure où j’écris ces lignes, un premier lot de plantes est déjà en acclimatation sous le pommier.
La clef pour prendre soin d'une plante d'intérieur d'ombre
L’appellation plante d’intérieur d’ombre nous porte à confusion. On imagine une plante qui pourrait pousser au fond de la pièce, alors les sous-bois des forêts tropicales, leur lieu d’origine, peuvent être lumineux que notre salon. C’est peut-être parce que nous ne sommes absolument pas conscient-e-s de l’intensité du soleil tropical. Ou peut-être parce que nous pensons que si c’est lumineux pour nous, c’est assez lumineux pour elles aussi.
Mais nous sous-estimons constamment les besoins en lumière de nos plantes vertes et surestimons la lumière à notre disposition dans notre intérieur. Je n’ai pas de formule magique à vous donner pour bien placer votre plante d’intérieur en fonction de la lumière disponible. Mais j’ai un protocole qui fonctionne pour moi depuis des années et qui se base sur un outil accessible à tout le monde : l’observation (et un carnet).
J’espère que cet article vous a permis de prendre conscience des différences d’exposition dans votre intérieur et comment l’apprivoiser pour mieux prendre soin de vos plantes vertes. D’ailleurs, attrapez-moi cette petite plante d’intérieur d’ombre et rapprochez-la de la fenêtre. Je suis sûre qu’elle manque de lumière.
S’il vous reste des questions ou si vous avez un doute par rapport à l’une de vos plantes, n’hésitez pas à m’en parler dans les commentaires, ici ou sur Instagram. Et si vous cherchez une plante pour une exposition précise, je vous invite à découvrir les sélections. Elles sont toutes organisées selon les besoins de lumière des plantes proposées.
Bon jardinage et profitez bien de vos plantes !

Merci pour cet excellent article et pour le travail de vulgarisation que vous avez fourni. Les explications sont claires, nuancées et très utiles pour mieux comprendre les besoins réels des plantes d’intérieur. Peut-être qu’un tableau récapitulatif avec des exemples de plantes selon différents niveaux de luminosité pourrait encore enrichir ce contenu déjà très instructif. Bravo pour ce beau travail !