Ce qu’on ne nous dit jamais sur la lumière et nos plantes d’intérieur

Lumière tamisée, plante d’ombre, jamais de soleil direct… Les conseils pleuvent mais, soyons honnêtes un instant : vous y comprenez quelque chose ? Parce que moi, au début, je n’y comprenais rien tout. Pourquoi pas de soleil sur les plantes alors qu’elles en ont dans la nature ? Et c’est quoi, exactement, une plante d’ombre ? 

J’ai passé quelques années à tester, à observer… et à me planter royalement (RIP petites fougères grillées et succulentes noyées). Puis j’ai fini par comprendre la lumière de mon appartement, puis du suivant, et encore du suivant. Et surtout, j’ai décodé ce drôle de jargons et démasqué les idées reçues qui font du mal à nos plantes. 

Je vous partage tout dans ce carnet du jardinier spécial lumière, pour vous aider à y voir plus clair et à trouver la bonne place pour vos plantes. Et on commence par la partie la moins fun, mais peut-être la plus cruciale : pourquoi nos plantes ont-elles besoin de lumière naturelle ?

Pour une bonne croissance, les plantes d'intérieur doivent recevoir assez de lumière.

On dit souvent que le sur arrosage est la première cause de mortalité des plantes. C’est vrai, mais c’est aussi un raccourci. En réalité, c’est plutôt que nos plantes ne reçoivent pas assez de lumière. Elles boivent donc au ralenti, ce qui laisse les sols gorgés d’eau où les racines se noient. 

Le lien entre le sol trempé et la lumière, Marine ? 

Ça vient du fonctionnement des plantes. Rappelons-nous deux minutes nos cours de bio au lycée. J’avais un super prof, à l’ancienne, mais passionné de botanique, qui nous emmenait autour du campus pour apprendre à reconnaître les plantes. Il expliquait les choses un peu comme ça.

Une fabrique à énergie

Les feuilles d’une plante sont comme des panneaux solaires. Lorsqu’elles sont à la lumière, elles captent des photons qu’elles transforment en énergie.

Cette énergie permet à la plante de combiner l’eau puisée dans le sol (par les racines) et le dioxyde de carbone (CO2) de l’air pour en faire des glucides. Ce n’est pas de l’alchimie, c’est la photosynthèse.

La lumière est indispensable à la photosynthèse. Sans elle, la plante ne peut pas pousser.

Ces glucides lui permettent de créer de nouvelles feuilles, des racines, des fleurs, des graines… Bref, de grandir, fleurir et se reproduire pour notre plus grand bonheur.

La photosynthèse crée aussi de l’oxygène qu’on rejette dans l’air ! C’est pour ça qu’avoir des plantes à la maison est si agréable :  on vous aide de mieux respirer. 

(Et sinon, on peut avoir un cookie à l’engrais en échange ?)

Que se passe-t-il quand nos plantes vertes manquent de lumière ?

Quand une plante manque de lumière, son processus de photosynthèse est ralenti. C’est comme si vous essayiez de courir un marathon à jeun. Fortement déconseillé et très dangereux à terme pour votre santé. 

Si la plante n’a pas assez de lumière, c’est toute l’usine interne qui tourne au ralenti. La plante pompe moins d’eau, car elle ne peut pas tout stocker. (Et non, une plante ne fait pas de provisions “au cas ou”, sauf peut-être les plantes succulentes et encore, même elles ont leur limite).  

Le sol reste donc gorgé d’eau et l’air n’y circule plus. Les racines, asphyxiées, finissent par se noyer, puis à pourrir. 

Nous en avons tou-te-s fait un jour l’expérience : une de nos plantes meurt doucement, “sans raison”. En dépotant, nous découvrons un sol détrempé, des racines molles ou disparues…

Non, ce n’est pas parce que nous n’avons pas la main verte. Ce n’est pas non plus une malédiction. Et ce n’est certainement pas parce que nous avons trop arrosé. C’est juste notre plante qui a manqué de lumière trop longtemps. Mais ça, personne ne nous le dit…. 

La lumière est la première chose à vérifier. Que ce soit quand nous adoptons une plante ou quand une de nos protégées ne va pas bien : est-ce qu’elle reçoit assez de lumière ?  

Les caractéristiques de la lumière naturelle

Maintenant que nous savons pourquoi la lumière est si importante pour nos plantes d’intérieur, voyons comment nous assurer qu’elles en reçoivent assez. D’ailleurs, c’est quoi “assez de lumière” ?

Trois facteurs importants pour nos plantes

Chaque plante vient, à l’origine, d’un milieu bien particulier : un désert, un bord de rivière, au pied de grands arbres. Elle a donc évolué pour s’adapter, notamment à la lumière présente. Du coup, un cactus de désert et une fougère de sous-bois n’ont pas le même besoin en lumière. Vous me suivez jusqu’ici ? 

Dans ces deux cas, il y a trois facteurs qui entrent en jeu : 

  • la durée de lumière, qui pourrait correspondre au temps passé au soleil ; 
  • la qualité de la lumière, c’est-à-dire sa composition ou ses couleurs ; 
  • la quantité de la lumière, c’est-à-dire l’intensité du soleil.

Laissons la composition de côté. C’est un peu technique et nous y reviendrons plus tard, quand nous parlerons des lampes horticoles.

Durée de lumière

La durée de lumière, ce sont les heures de soleil qu’il faut à une plante pour faire de la photosynthèse à plein régime. Et oui, je parle volontairement de soleil, pas de lumière. 

Faisons un petit aparté. Les plantes aiment le soleil, toutes, sans exception, y compris les plantes d’ombre. Seulement, certaines peuvent passer leurs journées entières au soleil à bronzer, tandis que d’autres se contentent d’un rayon de soleil en début de journée pour ne pas brûler leurs feuilles. 

Un peu comme nous, en fait. Il y a des personnes (chanceuses !) qui peuvent bronzer au soleil pendant des heures. Moi, je deviens rouge écrevisse en moins de 2h…

Ce n’est pas un choix, c’est génétique. Ça dépend de l’environnement dans lequel ont évolué nos ancêtres il y a très, très longtemps. Tiens, ça ne vous rappelle pas justement ce que nous disions sur les plantes, juste avant ?

Avec ça, nous pouvons ranger les plantes en quatre catégories en fonction de leurs besoins en soleil. Je ne leur donne pas un nom volontairement, pour éviter toutes les idées préconçues qui iraient avec. Nous avons donc : 

  • les plantes qui adorent bronzer 6 heures par jour minimum, à n’importe quelle heure ;
  • les plantes qui préfèrent entre 3 et 6 heures de soleil, y compris à midi ;
  • les plantes qui veulent aussi entre 3 et 6 heures de soleil, mais qui redoutent le soleil de midi ;
  • les plantes qui sont heureuses avec 1 à 3 heures de soleil, le matin ou le soir.
Cette fougère préfère juste une ou deux heures de soleil en début de journée

Cette fougère préfère juste une ou deux heures de soleil en début de journée

Une grande partie des succulentes apprécie recevoir au moins 4 à 6 heures de soleil, minimum

Une grande partie des succulentes apprécie recevoir au moins 4 à 6 heures de soleil, au minimum

Intensité de lumière

L’intensité de la lumière est un sujet important qui passe trop souvent sous silence, ce qui conduit à des erreurs qu’on pourrait pourtant facilement éviter. 

Souvent, nous nous référons au milieu d’origine d’une plante pour estimer ses besoins en lumière, en températures, en sol, en humidité, en arrosage… C’est logique jusqu’ici ? Notre mission, c’est de reproduire, autant que possible, ces conditions pour le bonheur de nos protégées. 

Mais, c’est aussi comme ça que les Calathea, plantes de sous-bois dans les forêts tropicales, sont considérées comme des plantes qui n’ont pas besoin de beaucoup de lumière, les fameuses “plantes d’ombre”.

Spoiler, c’est faux. J’aime mon soleil du matin, moi !

Exactement ! C’est parce que l’intensité du soleil sous les tropiques n’a absolument rien à voir avec celui de Normandie ou même de Provence, et encore moins à celui qui rentre dans notre salon. 

Je ne suis pas une fan des chiffres. Mais Solène a fait une belle démonstration dans son ouvrage Encyclopédie des plantes d’intérieur, publié aux éditions Ulmer en 2024. Elle a comparé les intensités lumineuses entre les tropiques et la France métropolitaine, en utilisant les lux, une unité qui mesure le flux lumineux par mètre carré. 

Voici ce qu’elle indique : 

  • canopée de forêt tropicale (le sommet des arbres) : de 8 000 à 80 000 lux selon la région et la météo ;
  • sous-bois de forêt tropicale : 900 à 6 000 lux selon la densité du boisement et la météo ;
  • jardin en France (sans ombre) : jusqu’à 40 000 lux selon la météo ;
  • jardin en France (à l’ombre d’un arbre) : jusqu’à 10 000 lux selon la météo.

Vous voyez la différence ? Si on en croit ces chiffres, nous pouvons cultiver nos Ficus au milieu de la pelouse et nos Calathea au pied des cerisiers. Autant pour une “plante d’ombre”, non ?

Allons encore plus loin : nous n’avons même pas cette intensité de lumière dans nos intérieurs. De nombreux éléments viennent réduire encore la lumière dans nos intérieurs : l’orientation des fenêtres, la présence d’éléments autour ou face à l’ouverture, d’un voilage ou d’un vis-à-vis, la région dans laquelle nous vivons…

Ainsi, à proximité immédiate d’une fenêtre plein sud, même sans voilage, elle peut être facilement être divisée par 4, soit une intensité similaire à celle sous un arbre. Et encore, c’est une estimation optimiste. 

Et il faut aussi prendre en compte les variations dues à la météo, aux changements des saisons et à l’emplacement des plantes…

Un Colocasia 'Mojito' avec de nombreuses feuilles, installé sur un balcon.

Le Colocasia est une plante de « mi-ombre ». Les miens adorent passer l’été en plein soleil…

Est-ce que nos plantes d’intérieur reçoivent assez de lumière ?

La lumière est indispensable pour le fonctionnement et la bonne croissance de nos plantes. Sans lumière, pas de photosynthèse et donc pas de nouvelles feuilles !

Observer nos plantes d’intérieur

S’assurer que nos plantes reçoivent assez de lumière est donc indispensable. Mais ce n’est pas toujours évident à estimer. D’abord, parce que nous n’avons pas de chiffre ou de critère précis pour chaque plante. Ensuite, parce que mesurer la lumière dans nos appartements serait très compliqué.

Heureusement, il nous reste l’observation. C’est mon outil préféré quand on travaille avec les plantes. Il n’est pas inné, bien sûr, mais il s’aiguise facilement avec un peu de patience et de méthode. 

Est-ce que vos plantes poussent bien avec le retour des beaux jours ? 

Reprenons l’exemple de mon Calathea préféré. J’ai longtemps cru les livres qui annonçaient une croissance lente (4 à 6 feuilles par an). En le laissant à l’ombre, comme ils l’indiquent ? Effectivement. 

Mais si je le rapproche de la fenêtre, seulement de 30 cm ? Bam ! Il a doublé de taille en une saison. Ça n’a rien de magique, c’est juste qu’il a maintenant assez de lumière pour ne plus fonctionner au ralenti.

C’est quand même pas compliqué, Marine.

Plus de lumière = plus de feuilles. CQFD.

La croissance de mon Calathea musaica s’est décuplée avec la bonne lumière.

Déplacer et observer, toujours

Dans le prochain article de cette série, nous verrons comment estimer la lumière disponible dans une pièce pour bien installer nos plantes. Vous pouvez d’ailleurs vous abonner à la newsletter pour ne pas rater sa sortie. 

En attendant, vous allez observer vos plantes. Toutes celles qui poussent lentement, dont les nouvelles feuilles sont plus petites que les précédentes… sont des plantes potentiellement en manque de lumière. 

Vérifiez si elles ne sont pas attaquées par un ravageur ou qu’elles n’ont pas besoin d’un rempotage. Puis, rapprochez-les d’une fenêtre. Juste d’une vingtaine ou trentaine de centimètres.

Puis, observez les évolutions. Est-ce que les nouvelles feuilles sont plus grandes ? Plus colorées ? Est-ce qu’elles sont apparues plus rapidement que les précédentes ? Si oui, vous avez surement trouvé la bonne place. Sinon, rapprochez votre plante encore un peu et recommencez à observer.

Et si vous voyez des traces de brûlures ou des feuilles décolorées, c’est que votre plante reçoit trop de lumière. Reculez-la un peu. 

C’est long, je sais. Mais la patience et l’observation sont les deux ingrédients magiques avec les plantes. Avec ça, rien ne vous arrêtera dans vos projets de jungle urbaine. 

Bon jardinage et profitons bien de nos plantes.

2 commentaires

  1. La photosynthèse est vraiment essentielle pour la vie des plantes et pour notre bien-être. Avoir des plantes à la maison améliore la qualité de l’air et rend l’environnement plus agréable. Les besoins en lumière varient selon les espèces, comme cette fougère qui préfère un peu de soleil matinal. Les succulentes, quant à elles, nécessitent plus d’heures de lumière. Comment savoir exactement quelle quantité de lumière convient à chaque plante ? WordAiApi

    • La lumière est effectivement le premier critère à prendre en compte pour la bonne santé de nos plantes. On ne connaît pas la quantité exacte de lumière nécessaire pour telle ou telle plante. Comme les conditions de vie, dans la nature, sont très variables d’un endroit à l’autre et d’une année à l’autre, il serait impossible de quantifier avec exactitude. Cependant, en prenant en compte leurs milieux d’origine, nous pouvons estimer une quantité de lumière ou, ce que je préfère, un « type » d’exposition. Plus leur milieu d’origine est exposé au soleil, plus elles ont besoin de lumière. Un cactus originaire d’un désert va demander du soleil direct le plus longtemps possible. Une fougère, qui pousse au pied des arbres d’une forêt, demandera moins de lumière qu’une fougère qui pousse entre les branches des arbres, plus près du soleil.
      Je ne dis pas qu’on a pas, pour certaines plantes en tout cas, une fourchette de quantités de lumière. Mais à mon sens et à l’échelle de nos jungles d’intérieur, l’observation et un peu de bon sens suffisent. Faire quelques recherches ou demander conseils à d’autres jardinier-ère-s, observer nos plantes et ajuster l’emplacement de notre plante ou bien notre entretien pour trouver la meilleure combinaison possible selon nos intérieurs.
      J’espère que ça répond à votre question. Bon jardinage !

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