Thrips : les reconnaître et les traiter en intérieur

Je me plains rarement des ravageurs dans ma jungle. Ça fait partie du jeu quand on a des plantes d’intérieur, surtout quand on en a beaucoup. Mais s’il y en a bien un qui m’agace, c’est le thrips. Il est discret, presque invisible et, depuis que j’habite en Normandie, c’est un intrus récurrent. Heureusement, en intérieur, il est possible de le contrôler. 

La cohabitation avec les thrips est possible

Même si nous observons régulièrement nos plantes d’intérieur – une habitude que je vous recommande de développer dès le début de votre aventure végétale – une attaque de thrips n’est pas toujours évidente à reconnaître, en particulier les premières fois. 

Il faut dire que c’est une bestiole minuscule, assez discrète, qui passe la moitié de sa vie cachée.

Une créature (presque) invisible

Le thrips est un petit insecte tout en longueur, qui mesure généralement 1 mm ou deux de long. Souvent bruns ou noirs, ils sont ailés et capables de passer facilement d’une plante à l’autre. Leurs larves sont beiges ou jaunâtres, encore plus petites, et se déplacent énormément. 

Sous le nom de thrips, les scientifiques rangent un nombre non négligeable d’insectes, qui se différencient majoritairement par des détails tels que la couleur ou encore le nombre de segments sur les antennes. Comme cet insecte fait minuscule, je vous laisse imaginer le souci pour l’identification. 

En réalité, ce n’est pas le thrips qui nous met la puce à l’oreille, mais plutôt les marques qu’il laisse derrière lui : des marques argentées sur le feuillage, très caractéristiques, et de toutes petites taches noires ou violettes (leurs excréments) sur des zones de feuille abîmées (cicatrices, plaques sèches).  

Je les repère vite, maintenant. Mais pour les différencier ? Aucune idée. Et c’est bien là le souci. Trois espèces sont majoritaires en France, et elles ne se comportent pas toutes de la même manière. Ce qui rend la lutte contre eux plus délicate.

Les traces argentées, caractéristiques thrips, sont souvent le premier symptôme repéré

Les traces caractéristiques d’une attaque de thrips sur cette jeune feuille d’Anthurium

Thrips adulte

Petit, sombre et tout en longueur, le thrips est un intrus discret

Un insecte qui se cache dans la plante

Les thrips sont des insectes piqueurs-suceurs. Ils piquent les plantes, généralement au niveau des nervures ou du revers des feuilles, pour sucer la sève élaborée. C’est la sève qui, enrichie par la photosynthèse, redescend dans la plante pour la nourrir. Ils en sont très friands, car elle est riche en sucre.  

Le souci, c’est que nous ne voyons que la surface de l’iceberg lorsque nous repérons un thrips adulte ou une larve sur une feuille. Cet insecte a la vilaine manie de pondre dans les feuilles. Oui, oui, dans les feuilles. C’est de là que viennent les taches argentées : la marque des larves qui grignotent leur chemin à travers la feuille jusqu’à la surface. 

Et, selon les espèces, le passage du stade larvaire au stade adulte se fait dans le sol. Ce n’est pas valable pour tout le monde, et heureusement, ce n’est pas le cas de l’espèce la plus commune dans nos salons et serres : Echinothrips americanus.

Mais une attaque de thrips a différents symptômes : 

  • taches et déformations des feuilles attaquées
  • déformations des jeunes feuilles
  • plante globalement affaiblie
  • croissance ralentie
  • avortement des fleurs, voire des feuilles en cas de forte attaque
  • marques argentées
  • parties de feuilles séchées ou jaunies, là où les insectes piquent.

Ces symptômes ne sont pas ceux que vous retrouvez sur votre plante d’intérieur ? Dans ce cas, rendez-vous sur cet article pour déterminer l’insecte en train d’attaquer votre jungle.

Comment lutter contre les thrips ?

Lutter contre les thrips est difficile, pour nous jardinières et jardiniers comme pour les professionnel-elle-s. Il existe néanmoins plusieurs manières d’agir, à la condition que vous soyez prêt-e à y mettre la patience et la régularité nécessaires.

Comme d’habitude, je ne vous parlerai pas d’insecticide ou autres produits de ce genre, simplement parce que je n’en utilise pas. Les impacts sur les écosystèmes et sur la santé des êtres vivants, y compris celles des jardiniers et jardinières, nos familles et nos animaux de compagnie sont trop néfastes pour que je les utilise sereinement. Par ailleurs, il a été démontré que les pesticides sont très peu efficaces sur les thrips qui savent s’y habituer rapidement.

Autant éviter de s’empoisonner pour rien. Je propose qu’on fasse appel à nos meilleurs alliés !

Faisons un petit tour des outils que j’ai testés à travers les années et ceux que j’utilise aujourd’hui.

La quarantaine

On dit souvent qu’il faut mettre en quarantaine toutes nos plantes infestées, pour protéger le reste de notre jungle. En théorie, c’est une bonne idée. Quand on fait face aux thrips ? Je la trouve assez inutile. 

Les thrips sont très mobiles, que ce soit les larves qui courent d’une feuille à l’autre, ou les adultes qui volent d’une plante à l’autre. Qu’autant qu’ils s’attaquent à une multitude de plantes différentes, alors que d’autres ravageurs restent limités dans leur choix de repas. 

Ensuite – et je vais peut-être vous effrayer – les thrips rentrent dans votre appartement à chaque fois que vous ouvrez une fenêtre. Et oui, les thrips vivent parfaitement dans nos campagnes, notamment dans les champs de céréales. 

C’est pourquoi nous avons souvent une recrudescence d’attaques en été : les moissons ont commencé et les thrips cherchent un nouveau restaurant. Nos Philodendron et Monstera leur plaisent beaucoup… malheureusement. 

Donc, je ne mets pas mes plantes attaquées par les thrips en quarantaine. De toute manière, je n’en ai pas la place pour l’instant. En cas d’attaque, je traite tout le monde, ou en tout cas toute la pièce.

La lutte mécanique

Qu’est-ce que j’entends par lutte mécanique ? C’est la suppression des thrips en utilisant l’huile de coude ou des outils.

La douche

Notre douche est souvent notre meilleure amie dans l’entretien des plantes. L’eau va décrocher les adultes et les larves et les entrainer dans le siphon. Bye bye ! 

Pour cela, on utilise de l’eau tiède (20 °C environ) avec suffisamment de pression pour décrocher tout le monde. Et on insiste dans les recoins et sur les revers de feuille.

Évidemment, ça n’agit absolument pas sur les œufs, qui sont bien à l’abri dans les feuilles. C’est pour cela qu’il faut intervenir régulièrement, plusieurs fois par semaine durant les premières semaines : pour retirer les jeunes larves avant qu’elles deviennent adultes et se mettent à pondre. Ça s’appelle briser le cycle.

Le nettoyage manuel

Est-ce qu’un nettoyage manuel avec ma potion magique fonctionne ? Malheureusement, non. L’alcool ne tue pas les thrips, au contraire des cochenilles farineuses. Mais j’ai l’impression qu’il fait sortir les larves des feuilles plus vite… mais c’est juste une hypothèse.

Par contre, il est tout à fait possible de remplacer ou compléter les douches par un nettoyage manuel au savon. Pensez à bien diluer le savon de Castille ou le savon noir horticole dans de l’eau pour éviter d’abimer le feuillage et de garder la plante à l’abri des rayons du soleil tant qu’elle n’est pas sèche pour éviter les brûlures. 

💡 Vous verrez souvent des recettes avec de l’huile de neem. C’est certes un excellent insecticide, mais il ne fait pas le tri entre ravageurs et innocents. Et c’est, accessoirement, un perturbateur endocrinien. Je ne m’en sers donc jamais. Si vous optez pour ce produit, suivez scrupuleusement les recommandations et gardez votre plante à l’abri du soleil pendant toute la période de traitement.

Les pièges englués

Vous savez, ces morceaux de plastique à suspendre ou piquer dans les pots. Leur surface engluée est censée capturer les insectes volants. Les bleus sont souvent recommandés pour les thrips. 

Je vais être honnête avec vous. Pour les thrips, ça ne sert à rien, à part éventuellement de système de surveillance au quotidien pour détecter une attaque. D’ailleurs, parmi les espèces de thrips communes dans nos jungles, l’une d’entre elles se fera plus facilement attrapée par un piège jaune que bleu. Comme quoi….

Le rempotage total

Parce que certaines espèces de thrips font leur nymphose (le passage de la larve à l’adulte) dans le sol, certain-e-s conseillent de rempoter les plantes touchées en renouvelant intégralement le substrat. 

Premier spoiler : toutes les espèces ne font pas leur nymphose dans le sol, notamment la plus courante dans nos jungles. C’est donc une manipulation inutile qui va créer un stress supplémentaire à notre plante (et nous couter du temps et des matériaux qui pourraient très bien être sains). 

Deuxième spoiler : il faudra recommencer après la prochaine éclosion. Vous voulez vraiment rempoter votre plante tous les mois ? 

Le rempotage n’est donc pas vraiment dans mes recommandations. Mais si vous craignez que votre sol ne soit contaminé, pas de panique ! Je vous donne une solution dans le paragraphe suivant.

La lutte biologique

Tout ça ne donne pas beaucoup d’espoir n’est-ce pas ? C’est parce que je n’ai pas encore sorti mon joker, j’ai nommé : la lutte biologique.

On l’appelle aussi la lutte intégrée. C’est une solution 100 % naturelle qui repose sur l’utilisation d’insectes bénéfiques. Leurs intérêts ? Ce sont des prédateurs des thrips et ils vont faire un festin de nos envahisseurs. Et point bonus : ils font tout le travail à notre place !

Idéalement, il faudrait savoir à quelle espèce de thrips nous avons affaire pour choisir le bon prédateur. C’est assez difficile, je vous l’accorde. Personnellement, j’utilise toujours le même combo, avec lequel je trouve que les résultats sont intéressants.

Mon équipe de choc

D’abord, je fais appel à mon alliée préférée : la larve de chrysope. Elle fait la longueur de l’ongle de mon petit doigt et engloutit tout ce qui se trouve sur son passage. Les thrips ne sont pas forcément sa proie de prédilection, mais comme elle a extrêmement faim, elle ne fera qu’une bouchée des larves et adultes.

La chrysope, c’est un peu l’arme secrète de notre jungle. Moi, je l’adore. Elle ne traîne pas, elle agit de suite !

Ensuite, en renfort, j’installe un petit acarien prédateur : Neoseiulus cucumeris. Alors que la chrysope va agir immédiatement et pendant quelques jours seulement, l’acarien cucumeris va être présent durant plusieurs semaines sur notre plante. Sa cible : les jeunes larves qu’il attaquera dès qu’elles sortent des feuilles. 

J’installe ce combo deux fois, avec 3 semaines d’intervalle environ, le temps d’éclosion des œufs dans les feuilles. Normalement, à moins qu’une nouvelle fournée d’adultes soit arrivée par la fenêtre, je suis tranquille. 

Et bien sûr, pas de douche ni nettoyage pendant toute la durée du traitement, pour ne pas déranger notre petite armée dans sa mission.

Les larves de chrysopes sont d'excellentes alliées pour une jungle d'intérieur

Larve de chrysope à l’ouvrage sur une jeune Monstera deliciosa

Les sachets-nurseries permettent d'avoir une armée d'acariens protecteurs pendant plusieurs semaines

Les acariens cucumeris sont installés dans des sachets-nurserie et protègent la plante pendant plusieurs semaines

Et pour le sol ?

Non, non, je ne vous ai pas oublié. Si vous pensez que votre sol est infecté, vous pouvez faire appel à des nématodes. Des petits vers microscopiques que vous apportez avec l’arrosage et qui se délecteront des larves venues s’installer dans le sol. Ça marche aussi pour les moucherons de terreau d’ailleurs.

Comment éviter une attaque de thrips ?

Parce que combattre une attaque de thrips, c’est bien. Mais l’éviter, c’est encore mieux !

Bon, minute de vérité. Se débarrasser totalement des thrips, c’est quasiment mission impossible. Si vous vivez en plein centre-ville, genre Paris ou  Lyon intra-muros, vous avez peut-être une chance. Mais si vous avez des champs pas très loin ? Ils vont toujours revenir, surtout en été.

C’est un peu comme cet oncle aigri que personne n’aime beaucoup, mais qui s’invite à chaque réunion de famille. Difficile de dire non, mais on est pressé qu’il s’en aille…

Ceci dit, voilà quelques clefs pour éviter que leur arrivée se transforme en carnage, comme c’est le cas parfois.

Entretenir correctement nos plantes d’intérieur

Les thrips, comme la plupart des ravageurs, s’attaquent avant tout aux plantes fragilisées. Cela correspond principalement aux plantes stressées par un entretien mal adapté depuis un moment : pas assez de lumière, manque d’arrosage chronique… Elles sont alors sans défense contre les ravageurs. 

S’assurer que nos plantes reçoivent l’entretien dont elles ont besoin est le meilleur moyen de limiter les attaques de thrips. Et si une de nos plantes en est victime, il faudra s’interroger et rectifier son entretien pour mettre toutes les chances de son côté.

Observer, nettoyer et nettoyer encore

La seconde chose à faire est d’observer régulièrement nos plantes d’intérieur pour repérer les intrus dès leurs arrivées. Pas trois fois par jour, n’exagérons pas. Mais quelques fois par semaine seraient idéales. Faites-en une routine ! Observer un bout de ma jungle avec ma première tasse de thé du matin est devenu un rituel indispensable pour bien commencer ma journée. 

Nettoyer régulièrement nos plantes vertes est tout aussi important. En nettoyant, on supprime les éclaireurs de l’envahisseur que nous ne voyons pas forcément. Bonus, nous supprimons aussi la poussière sur les feuilles. Non seulement nos plantes vertes sont plus belles, brillantes, mais elles peuvent faire de la photosynthèse au mieux de leurs capacités. 

Enfin, et ça peut surprendre certain-e-s d’entre vous, nettoyons tout élément végétal qui rentre chez nous. Les nouvelles plantes bien sûr, surtout si nous n’avons pas la possibilité de les mettre en quarantaine. Mais aussi les fruits et légumes. J’ai déjà retrouvé des thrips (ou des pucerons) dans mes salades. C’est bon signe pour la qualité des légumes, mais c‘est aussi un risque pour nos jungles. 

Paré-e à lutter contre les thrips ?

Les thrips et probablement l’un des ravageurs les plus courants dans nos jungles d’intérieur avec les pucerons et les cochenilles. Malheureusement, ce n’est pas le plus facile à repérer ni à traiter. 

Une observation et un nettoyage réguliers et des soins adaptés limitent les dégâts et permettent d’intervenir rapidement. Le traitement, quelle que soit la solution que vous avez choisie, devrait être appliqué aussi tôt que possible et de manière régulière sur plusieurs semaines.

Enfin, malheureusement, il est probable que vous deviez apprendre à vivre avec les thrips. Je pense que j’en ai toujours quelques-uns dans ma jungle. Je fais appel aux chrysopes et aux acariens quand je vois que la population augmente un peu trop et commence à faire des dégâts.

Si vous avez des questions au sujet des thrips ou de tout autre ravageur, n’hésitez pas à me laisser un commentaire ou à me contacter directement sur Instagram. Nous verrons ensemble quelle solution sera la plus adaptée pour vous.

J’espère que cet article vous permettra de ramener un peu de tranquillité dans votre jungle.

Bon jardinage et profitons bien de nos plantes !

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