le nom scientifique est la carte d'identité universelle d'une plante

Le nom scientifique : une carte d’identité universelle

Il vous est peut-être déjà arrivé de présenter votre nouvelle plante d’intérieur à un ami en lui disant avec fierté : “regarde mon nouveau pothos doré !”, pour vous entendre dire, parfois sans délicatesse : “c’est pas un pothos, c’est un philodendron”. Et vous ne comprenez pas pourquoi. Après tout, l’étiquette de la jardinerie disait “pothos doré”. Vous n’êtes pas seul dans cette situation, cela nous arrive à tous, débutants ou non. Et c’est n’est en aucun cas de notre faute. Les plantes sont souvent vendues sous des appellations commerciales qui peuvent regrouper plusieurs plantes différentes. Et une plante peut avoir une dizaine de noms différents ! Alors, comment nous y retrouver dans ce bazar ? Grâce au nom scientifique de nos plantes d’intérieur.

Un mélange de Maranta et de Ctenanthe, deux genres de la famille des Marantacées

Le “vrai” nom des plantes

Le nom vernaculaire

Une plante, plusieurs noms communs (et vice versa)

Le nom vernaculaire (ou nom commun, nom vulgaire) d’une plante correspond aux appellations qui lui sont données dans un pays ou au sein d’une culture. Il renvoie fréquemment à un caractère physique de la plante, un indice sur son usage ou encore sur son milieu d’origine. Une plante peut avoir ainsi plusieurs noms vernaculaires, ou un nom vernaculaire peut correspondre à plusieurs plantes. 

Prenons l’exemple du Monstera deliciosa. Je suis certaine que vous voyez de quelle plante je parle. En France, nous l’appelons le faux-philodendron, ou plus rarement Côtes d’Adam (entre nous, je trouve ça assez sinistre). Les anglophones l’appellent “Swiss Cheese Plant”, en faisant référence au gruyère et à ses trous. Tous ces noms désignent la même plante. Au contraire, nous retrouvons souvent sous le nom de pothos différentes plantes : le pothos doré (Epipremnum aureum) et le pothos argenté (Scindapsus pictus).

Epipremnum aureum, le nom scientifique du pothos doré

L’Epipremnum aureum (pothos doré à gauche) et le Scindapsus pictus (pothos argenté, à droite) portent le même nom vernaculaire « pothos », mais il s’agit bien de deux plantes différentes.

Des appellations sans surveillance

Pour rajouter un peu de complexité à l’exercice, les horticulteurs et les marchands rivalisent d’imagination dans le nom des plantes, que ce soit pour de nouvelles variétés ou pas, pour attirer votre attention. Malheureusement, tout cela n’est pas réglementé, ou très peu. 

Plus encore, les jardineries ne sont pas obligées d’étiqueter leurs plantes avec précision. Mon exemple dans l’introduction est un cas véridique (ou presque) : il y a en ce moment, dans l’une des jardineries près de chez moi, des Philodendron hederaceum ‘Lemon lime’ vendu sous le nom de « Scindapsus Golden Pothos’’. Et si vous avez lu le précédent article, vous savez que le “vrai” nom du pothos doré est Epipremnum aureum. Rien à voir donc.

Mais entretenir votre Epipremnum aureum à la lumière permet aux marbrures dorées de revenir
Le feuillage chartreuse de ce joli Philodendron hederaceum 'Lemon lime' induit souvent des confusions avec l'Epipremnum aureum 'Néon'
Epipremnum aureum 'Neon' et son feuillage vert chartreuse

Le Philodendron hederaceum ‘Lemon lime’ (au centre) n’est pas vraiment semblable au pothos doré (Epipremnum aureum, à gauche). En revanche, il est assez proche du pothos néon (Epipremnum aureum ‘Néon’, à droite). Si les étiquettes ne sont pas justes, il peut être facile de les confondre lorsque nous ne sommes pas familiers avec ces plantes d’intérieur. 

Le nom scientifique : une identité universelle

Ah, vous vous demandez ce que j’entends par le “vrai nom” d’une plante ? Il s’agit du nom scientifique d’une plante. Il est généralement donné par le botaniste qui découvre et décrit officiellement la plante pour la première fois. 

Ne croyez pas que nous avons découvert toutes les plantes de la planète. Loin de là. Tous les ans, de nouvelles plantes (et de nouveaux animaux) sont découverts. Chacune de ces découvertes est baptisée d’un nom scientifique. C’est un nom qui est reconnu dans le monde entier pour cette plante, qu’importent ses nombreuses appellations vernaculaires ou commerciales. Du moins, en théorie.

Dans la réalité, c’est un peu plus complexe. Après tout, il est tout à fait possible que plusieurs personnes découvrent, en même temps, une même plante. Ou bien que l’information ne soit pas connue par le botaniste, qui croit alors décrire et nommer une nouvelle plante.  Ou encore qu’il s’agisse d’une plante que nous pensions disparu, mais qu’un botaniste redécouvre, dans un lieu jusqu’à inexploré. En général, les différents noms sont considérés comme des synonymes, même si l’un d’entre eux est plus “légitime” que les autres.

Un nom scientifique est écrit en latin. Du moins au début, puisque aujourd’hui, nous retrouvons des lettres et des mots qui non rien avoir avec le latin. Mais vous comprenez le principe. Il suit toujours la même nomenclature, héritée du XVIIe siècle et du naturaliste suédois Carl von Linné. C’est grâce à lui que tout le vivant est organisé selon une classification devenue la norme pour tout le monde à partir du XIXe siècle. De cette manière, un Monstera deliciosa est la même plante pour tout le monde, que nous soyons français, américain ou chinois. Pratique n’est-ce pas ?

La nomenclature binomiale du nom scientifique

Carl von Linné classifie le vivant en différentes branches, toujours plus détaillées. Un peu comme un arbre généalogique. Certaines branches évoluent avec le temps et l’avancée des connaissances scientifiques. Ainsi, le nom scientifique de certaines plantes peut changer. Par exemple, la Sansevieria trifasciata est devenue, il y a quelques années, Dracaena trifascitata.

Mais concentrons-nous sur ce qui nous intéresse ici, c’est-à-dire l’extrémité de la branche. Un nom scientifique correspond à un seul être, un taxon. Autrement dit, deux plantes ne peuvent pas avoir exactement le même nom scientifique s’il ne sagit pas de la même plante. Il est toujours composé de deux mots : le genre, qui s’écrit avec une majuscule, et l’espèce. Ainsi, Monstera est le genre, et deliciosa est l’espèce. Et comme il s’agit de latin, une langue étrangère, les règles de typographie nous indiquent de l’écrire en italique.

La Sansevieria trifasciata est une plante d'intérieur résistante, capable de s'adapter aux expositions ombragées.
Ce petit Dracaena marginata pousse très lentement en raison du peu de lumière et de son petit pot

La Sansevieria trifasciata (à gauche) a rejoint depuis quelques années les Dracanea (à droite, un petit Dracaena marginata). Son nouveau nom est Dracaena trifasciata.

L’espèce

L’espèce est le niveau de classification le plus précis dans la nomenclature. C’est le bout de la branche de l’arbre, le prénom de la plante si vous voulez. C’est un groupe d’individus très semblables les uns aux autres, capables de se reproduire naturellement entre eux, avec une descendance viable. C’est-à-dire que la génération suivante survit et est capable de se reproduire à son tour.

En effet, deux espèces différentes ne se reproduisent pas entre elles dans la nature, ou en tout cas très rarement. Lorsque cela arrive, la génération suivante n’arrive pas au terme ou bien, si elle survit, elle ne peut se reproduire.

Cependant, les humains sont passés outre cette limite depuis bien longtemps. Les premiers croisements inter-espèces remontent à plusieurs millénaires, pour améliorer les céréales, les légumes et les fruits que nous consommons. Et cela est aussi valable pour les plantes d’ornement, y compris les plantes d’intérieur. Beaucoup de Philodendron ou d’Anthurium que nous trouvons aujourd’hui dans les jardineries sont issus de croisements entre deux espèces.

Chaque espèce est ensuite divisée en populations, des groupes d’individus d’une même espèce qui vivent en un lieu donné. Par exemple, les fougères aigles qui poussent au fond de votre jardin appartiennent à une population différente de celles qui poussent à l’autre bout du département. Pourtant, il s’agit bien de la même espèce, capables de se reproduire entre elles.

Le genre

Le genre, c’est l’embranchement juste au-dessus de l’espèce, un peu comme le nom de famille de notre plante. Il regroupe plusieurs espèces qui se ressemblent et qui partagent des caractères communs. Par exemple, le Philodendron scadens et le Philodendron erubescens  sont deux espèces différentes, appartenant au même genre. Cela ne veut pas dire que toutes les espèces d’un même genre ont les mêmes besoins. En réalité, cela n’a absolument rien à voir.

Lorsque l’humain créé un nouvel hybride, il choisit généralement deux espèces appartenant au même genre. Grâce à leurs caractéristiques communes, les chances d’avoir un résultat augmentent drastiquement. Mais ça ne marche pas à tous les coups. Oui, ça fait un peu apprenti-magicien…

Pendant longtemps, ces caractéristiques communes étaient des traits physiques. Une forme particulière, une structure de fleurs communes, etc. Aujourd’hui, cela inclut la structure ADN et moléculaire des plantes, ce qui explique que certaines d’entre elles changent de nom. Elles rejoignent simplement des genres qui leur sont plus proches que le genre initialement donné.

Les jolies feuilles veloutées du Philodendron scandens 'Micans'
Les feuilles striées de blanc du Philodendron 'Birjin'

Bien qu’ils soient du même genre, le Philodendron scandens ‘Micans’ (à gauche) ne ressemble pas du tout au Philodendron erubescens ‘Birkin’ (à droite). Ils n’ont d’ailleurs pas les mêmes besoins.

La famille

Enfin, la famille rassemble différents genres avec des traits communs. C’est l’embranchement supérieur au genre, un peu comme un clan qui regroupe plusieurs familles. La famille n’apparaît pas dans la nomenclature binomiale, mais elle est toujours intéressante à connaître. Ainsi, les Monstera et les Epipremnum appartiennent à la même famille : les Aracées (ou Araceae en latin). 

Il existe bien d’autres niveaux dans la classification scientifique du vivant, mais restons-en là pour aujourd’hui. Ce sont les éléments qui nous intéressent le plus pour identifier nos plantes d’intérieur et être sûr(e)s que nous parlons tous de la même.

Comprendre le nom scientifique de nos plantes

Des noms porteurs de sens

Le nom scientifique d’une plante est donc composé de deux parties : 

  • le genre (ou nom de famille)
  • l’espèce (ou le prénom)

Ils ne sont cependant pas donnés au hasard. Au contraire, ils sont même parfois très imagés ou font honneur à quelqu’un, que ce soit le botaniste ayant découvert la plante ou un autre personnage important pour celui qui nomme la plante. Bon, les puristes du latin pardonneront les botanistes. Les noms scientifiques, surtout les plus récents, n’ont rien de latin, à l’exception d’un “style”. Prenons quelques exemples : 

  • le Monstera deliciosa fait référence à ses grandes immenses dimensions (Monstera = monstrueux) et à son fruit comestible (deliciosa = délicieux) ;
  • la bougainvillée a pour nom scientifique Bougainvillea spectabilis : Bougainvillea fait référence à Louis Antoine de Bougainville, explorateur français qui commandait l’expédition au cours de laquelle la plante fût décrite pour la première fois, et spectabilis pour sa floraison spectaculaire ;
  • l’Asparagus plumosus, que nous connaissons aussi sous le nom d’asperge (= Asparagus) du fleuriste doit le plumosus à son feuillage très fin et doux, comme des plumes.
Un grand Monstera deliciosa, une valeur sûre pour les apprentis jardiniers. Difficile de faire une plante d'intérieur plus résistante et "facile" !

Monstera deliciosa

Asparagus plumosus, le nom scientifique de l'asperge du fleuriste, fait référence à son feuillage doux et fin comme des plumes

Asparagus plumosus

Le nom scientifique de la bougainvillée rend hommage à l'explorateur Bougainville

Bougainvillea spectabilis (photo par Elianna Gill)

Il arrive aussi que le nom scientifique de nos plantes présente plus de deux mots, comme le Monstera deliciosa ‘Albo variegata’. La dernière partie indique le cultivar ou la variété de notre plante. C’est une notion un peu complexe qui fera l’objet d’un autre article. Considérons pour l’instant qu’il s’agit d’un nouvel embranchement, en dessous de l’espèce. Un peu comme la race chez le chat ou le chien (tous deux des espèces).

Faut-il retenir les noms scientifiques de nos plantes d'intérieur ?

Nous pouvons continuer à utiliser le nom vernaculaire de nos plantes d’intérieur au quotidien. Je continue, après tout, à parler de pothos doré ou argenté. Vous pouvez même leur donner un petit nom ou surnom personnel à chacune des plantes de votre jardin d’intérieur. 

Mais lorsque nous faisons des recherches pour mieux comprendre nos plantes d’intérieur et adapter nos soins, il vaut mieux utiliser leur nom scientifique. Cela évite de confondre les plantes et que les informations récoltées soient pertinentes. 

Parce que nous n’avons pas tous une mémoire d’éléphant, voici deux astuces pour retenir le nom scientifique de vos protégées :

  • Noter le nom scientifique de chaque plante au moment où vous êtes sûr qu’il s’agit du bon nom. Cela demande parfois des recherches, mais n’hésitez pas à demander conseil, notamment sur ce blog ou directement sur Instagram. Dans un carnet, un journal, une étiquette, qu’importe, du moment que vous pouvez faire le lien entre la plante et son nom facilement.
  • Traduire son nom scientifique, ou au moins essayer de comprendre son sens. C’est un jeu amusant, du moins si vous aimez les mystères ou l’étymologie. Mais franchement, une fois que vous savez que le Colocasia esculenta s’appelle de cette manière parce qu’il est comestible (esculent = comestible), vous ne l’ouliez pas. 

Il n’est pas indispensable de retenir les noms scientifiques de nos plantes, en tout cas dans le quotidien. Mais les connaître gagne un temps précieux lorsque nous avons une question sur l’une d’entre elles. C’est une habitude que je n’ai pas eu pendant longtemps et je m’en mords les doigts aujourd’hui :  je me retrouve à rechercher le nom scientifique de mes plantes à chaque interrogation ou presque. Quelle perte de temps !

Une carte d’identité pour s’y retrouver

Chacune de nos plantes d’intérieur possède un ou plusieurs noms vernaculaires (ou nom commun) propres à chaque peuple qui connaît et cultive cette plante. Mais elle n’a qu’un seul nom scientifique. C’est son “vrai” nom, celui qui lui permet d’être reconnu sur toute la planète ! C’est un peu sa carte d’identité.

Le nom scientifique d’une plante est composé de deux parties : le genre et l’espèce, que nous pouvons rattacher à nos nom de famille et prénom, respectivement. Il est écrit en latin et fait souvent référence à une caractéristique de la plante ou rend hommage à une personne.

J’espère que vous y voyez un peu plus clair dans le méli-mélo qu’est parfois le nom de nos plantes préférées. Si vous avez la moindre question ou incompréhension, n’hésitez pas à me contacter, nous résoudrons le problème ensemble. Par contre, je suis curieuse : comment vous appelez vos plantes ? Par leur nom vernaculaire, leur nom scientifique ou bien chacune d’entre elles à un petit nom bien à elle ?

Bon jardinage et profitons de nos plantes !

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