Depuis quelques années, les tuteurs en sphaigne (ou moss pole) sont devenus le must have des amateurs de plantes tropicales. Sur le papier, ça a plusieurs avantages très intéressants. En pratique, il y a de la sphaigne, et vous commencez à le savoir, j’évite d’en utiliser autant que possible.
J’ai donc développé mes tuteurs à substrat. Est-ce que je suis 100% satisfaite ? Pas tout à fait. Mais comme plusieurs d’entre vous m’ont demandé comment je m’y prends, voici un petit récapitulatif de mes expériences.
Au sommaire dans cet article
ToggleQu'est-ce qu'un tuteur en sphaigne ?
Principe du moss pole
Le tuteur en sphaigne est, comme son nom l’indique, un tuteur rempli de sphaigne que nous maintenons humide. Il offre à la fois un support d’accroche et un substrat aux racines aériennes de nos plantes d’intérieur. Ces racines deviennent alors des racines terrestres et transmettent de l’eau et des nutriments à la plante en plus d’un support solide.
Ces tuteurs ont d’abord étaient réalisés en mode DIY mais depuis une paire d’années, des entreprises se sont mises à créer des supports qu’il ne nous reste plus qu’à assembler et remplir de sphaigne. Enfin, pour être honnête, nous sommes beaucoup à continuer à les réaliser nous-mêmes, surtout quand nous avons besoin de grandes dimensions.
Points forts du tuteur en sphaigne
Il y a beaucoup d’avantages aux tuteurs en sphaigne, ce qui explique sûrement notre engouement pour ce système chez les amateurs de plantes tropicales, en particulier pour les Philodendron ou les Monstera un peu délicates.
Plus de substrat à disposition
Le premier atout que les jardiniers et jardinières perçoivent est la possibilité d’avoir des plantes matures sans avoir des pots immenses. Comme le tuteur sert de support de culture, au même titre que le terreau, c’est comme si nous multipliions la taille du pot sans perdre de place au sol. Et ça, quand on vit dans un espace limité ? C’est assez magique.
Point bonus qui rejoint ce premier point : la taille des feuilles. Très souvent, les plantes grimpantes que nous cultivons souvent en suspension comme le pothos doré (Epipremnum aureum) ou la Monstera adansonii prennent une tout autre dimension quand elles grimpent. Elles peuvent passer vers une forme plus mature, avec des feuilles parfois gigantesques ! Oui, un pothos avec des feuilles de 20 cm de diamètre, c’est possible.
Sécurité des plantes
Ensuite, il y a un côté sécuritaire, surtout quand nous cultivons des espèces un peu délicates ou rares. Si notre plante perd ses racines au niveau du pot (personne n’est à l’abri d’un accident), les racines dans le tuteur en sphaigne assurent l’alimentation de la plante le temps que le système racinaire se reconstruit. Magique !
Dernier point bonus, si notre plante devient trop grande et qu’il est temps de la tailler, la marcotte est déjà toute prête ! Nous coupons la liane et le tuteur, et notre bouture a déjà ses racines et peut être rempotée dans la foulée.
Avec tous ces avantages, on se dit facilement que c’est la solution miracle, n’est-ce pas ? Mais, je lui trouve quelques inconvénients aussi.
Points faibles du tuteur en sphaigne
Impact écologique
Mon principal reproche au moss pole, c’est sa composition. La sphaigne est une mousse qui pousse dans un seul milieu naturel bien particulier : les tourbières. Ces écosystèmes fragiles, qui mettent des siècles à se former et que nous avons déjà très lourdement exploités pour sa tourbe et sa sphaigne. Dois-je préciser qu’elles sont aussi l’un des principaux pièges à carbone sur la planète ?
Aujourd’hui, les tourbières sont rares et protégées en Europe. Notre sphaigne vient d’Asie ou d’Amérique latine, où elle est prélevée directement dans les milieux naturels avant d’être exportée. Ce n’est pas une pratique que je souhaite encourager, donc je réduis mon usage au strict minimum : la sphaigne qui arrive chez moi avec des boutures, et c’est tout.
Pour les adeptes de la sphaigne – parce qu’elle est bourrée de qualités, on ne va pas se mentir – la culture de la sphaigne commence en Europe (Allemagne, Pays-Bas). On peut la trouver sous le nom de sphaxx. C’est encore assez rare et cher, mais ça donne espoir.
Stabilité et mobilité
Au-delà de l’impact écologique, j’ai un souci avec la stabilité de ces tuteurs. Pour rester humide sans arrosage constant, un tuteur en sphaigne doit être assez épais. Aucun souci tant qu’il mesure 20 ou 30 cm de haut. Mais quand on passe sur des hauteurs nettement plus importantes, comme 1 m et plus, le poids du tuteur peut tout à fait faire basculer le pot. Pour éviter ça, nous devons investir dans des cache-pots relativement lourds qui feront contrepoids. Impossible donc de les installer sur une tablette accrochée au mur (souvent en Placo dans nos appartements…).
Je ne parle même pas de ce qui se passe quand nous devons déplacer nos plantes ! Ces tuteurs sont plus imposants et plus lourds qu’une simple tige de bambou. Ça joue beaucoup, surtout sur les grands spécimens, quand nous déplaçons nos plantes. Et, en réalité, nous déplaçons nos plantes plus souvent qu’on ne le pense.
Malgré ces inconvénients, le principe du tuteur en sphaigne est très intéressant. J’ai donc réfléchi (et je ne suis pas la seule) à une alternative avec du substrat – comme dans nos pots – à la place de la sphaigne.
Tuteur en substrat
Cela fait trois ans maintenant que j’expérimente sur la question. Chaque année, pendant la période des rempotages, je teste une nouvelle formule, en espérant me rapprocher du tuteur le plus adapté aux besoins de mes plantes et le plus pratique à l’usage.
Comme ce qui marche pour moi ne fonctionne pas forcément pour vous, et inversement, voici une petite présentation de mes expériences, leurs compositions et mes observations.
Tuteur en écorces (2023)
Le principe était simple : remplacer la sphaigne de mon moss pole par un mélange pour orchidées dans un premier temps. Ces mélanges tout prêts sont faciles à trouver, mais contiennent souvent un peu de sphaigne. J’ai donc rapidement évolué vers un mélange maison d’écorces de pin (50%) et de chips de coco (50%).
Construction
Le tuteur en écorce est un tube de grillage à petites mailles, que j’ai choisi en plastique pour sa légèreté et sa facilité à être découpé et manipulé). Ce tube est rempli du mélange d’écorces avec au centre un tuteur en bambou simple pour assurer un peu de stabilité.
J’ai fait deux versions : l’un où le mélange d’écorces descend dans le tube jusqu’au fond du pot. La seconde où les écorces s’arrêtent au niveau du sol.
Le Syngonium ‘Albo variegata’ s’est plutôt bien habitué au tuteur en écorces, malgré la difficulté d’arrosage
Composition du tuteur en écorces
Observations
Tout d’abord, c’est un enfer à maintenir humide, surtout si les tuteurs sont (trop) fins ou (trop) grands. L’eau ruisselle sur les écorces, ce qui rend l’humidification difficile. Ce n’est pas pour rien que le bain est une bonne technique d’arrosage pour les orchidées en pot ! Une solution est d’arroser à la douche, littéralement, mais toutes les plantes équipées ne sont pas facilement déplaçables.
Ensuite, second souci et non des moindres, le tuteur en bambou au centre a tendance à pourrir dans le terreau, parfois très rapidement (un an à peine). J’ai plusieurs de ces tuteurs qui ne tiennent aujourd’hui, pour ceux que je n’ai pas encore remplacés, que grâce au mur ou à la plante elle-même.
C’est le tuteur qui est censé soutenir ta plante, pas l’inverse…
Cette solution n’est donc pas une vraie réussite, même si certaines plantes ont, effectivement, installé des racines dedans. Avec un petit souci supplémentaire au moment du changement de tuteur : les racines ont rejoint le sol en bas du tuteur, ce qui m’oblige à le découper pour libérer la plante.
Tuteur en substrat et toile de jute (2024)
De retour à mes réflexions, je me dis que, puisque ce tuteur sert de substrat aux racines aériennes, qu’est-ce qui m’empêche d’y mettre le même mélange que dans le pot lui-même ? A priori, ça devrait fonctionner.
Ma seule inquiétude était que le terreau s’échappe du tuteur à travers la grille. J’ai donc enroulé mes nouveaux tuteurs de toile de jute.
Construction
Je suis repartie sur le même tube de grillage à petits carreaux en plastique, que j’ai recouvert d’une toile de jute pour les chaises, facile à trouver dans les magasins de tissus et d’ameublement. Mais il doit être possible d’en trouver en seconde main, c’est le tissu utilisé pour les sacs de café dans les exploitations.
J’ai donc rempli mon tuteur du même mélange maison que mon pot, jusqu’au fond. Et pour éviter la perte de mon tuteur-stabilisateur en bambou, je l’ai installé à l’extérieur. C’est moins esthétique, mais ça devrait tenir plus longtemps et je peux ainsi le remplacer si besoin.
Les racines ont plutôt du mal à traverser la toile de jute pour rejoindre le substrat dans le tuteur
Composition du tuteur en substrat et toile de jute
Observations
Alors, la toile de jute ? C’est esthétique, ça dissimule le grillage, mais c’est une véritable plaie ! Impossible d’arroser à travers, sauf en douchant la plante, que ce qui limite la capacité d’hydratation à l’arrosage en haut du tuteur. S’il fait plus de 20 cm, l’arrosage est très compliqué. Retour donc au point de départ sur ce sujet.
Ensuite, la plupart de mes plantes ont des racines trop imposantes, qui n’arrivent pas à passer à travers la trame de la toile de jute. Ça fonctionne pour les Philodendron hederaceum, mais certainement pas pour un ‘Burle Marx’ par exemple.
Enfin, la toile de jute se décompose très rapidement au contact du terreau humide. Autant dire que certains de mes tuteurs sont à moitié nus en un an. Mais, au moins, j’ai découvert que le terreau ne s’enfuyait pas lorsqu’il n’y a pas de tissu pour le retenir.
Tu m’aurais demandé. Je t’aurais dit que la toile de jute, c’est de la fibre végétale et qu’elle allait se composter au contact du terreau…
Tuteur en substrat (2025)
Puisque mon terreau ne s’échappe pas, sur ma nouvelle version du tuteur en substrat, j’ai supprimé la toile de jute. En revanche, je me suis inspirée de @sydneyplantguy, dont je suis avidement l’évolution des moss poles depuis des années, et j’ai plastifié l’arrière de mes tuteurs.
Pourquoi ? Parce que le substrat reste humide plus longtemps (et parce que j’en mets moins partout quand j’arrose du coup). Mais ça ne fonctionne que si nous ne tournons pas nos plantes régulièrement (ce que je ne fais que très rarement).
Construction
Je construis un cylindre en deux parties : l’avant en grillage et l’arrière en plastique. Pour ces premiers tests, je me suis rabattue sur du Rhodoïd (acheté en boutique de pâtisserie parce que c’était le plus facile pour moi pour faire un essai, mais il y a surement des sources plus abordables et avec plus de choix dans les dimensions). Mais il est tout à fait possible de recycler des tubes PVC, des gouttières, etc.
Ensuite, comme d’habitude, je le remplis avec le même mélange que celui du pot, jusqu’au fond. Et si besoin, j’ajoute par l’extérieur un tuteur-stabilisateur en bambou. Mais comme ces tuteurs sont assez épais de base, c’est plutôt stable quand ils font moins de 30 cm de haut.
Ma dernière alternative au tuteur en sphaigne : tuteur en substrat semi-plastifié
Composition du tuteur en substrat semi-plastifié
Observations
Mes premiers tuteurs en substrat plastifiés ont à peine quelques semaines, mais je trouve déjà l’arrosage beaucoup plus simple. En arrosant par le haut, l’eau coule le long du plastique sans en mettre partout.
J’ai deux pistes d’améliorations (la saison n’est pas finie après tout). Utiliser un grillage métallique plutôt qu’en plastique, pour une meilleure solidité et pour éviter d’avoir un tuteur-stabilisateur pour les tuteurs de moins de 60 cm. Et utiliser des tuteurs stabilisateurs métalliques aussi, simplement pour éviter que le bambou ne pourrisse.
Vous allez tester une alternative au tuteur en sphaigne ?
Le principe du tuteur en sphaigne est, je trouve, une très bonne idée. Tant pour accompagner la croissance de nos plantes d’intérieur d’une meilleure manière que pour gagner de la place.
Dans une volonté de limiter mon usage de la sphaigne, j’ai développé plusieurs versions d’un tuteur en substrat. Je n’en suis pas encore tout à fait satisfaite, mais mon idée s’améliore tous les ans. Je vais en faire encore quelques-uns avec mes idées du moment et différentes espèces, pour voir comme les choses évoluent. On se retrouve en 2026 pour faire un bilan ?
D’ailleurs, il reste encore le souci de la stabilité par un cache-pot lesté à résoudre, mais je ne suis pas certaine d’avoir de solution pour les petits pots. Pour les grands, en revanche, j’ai mon idée sur la question.
J’espère avoir répondu à vos questions sur mes tuteurs en substrat qui intriguaient tant certain-e-s d’entre vous. Si vous en avez d’autres, je suis joignable dans les commentaires ou sur Instagram pour vous aider.
Bon jardinage et profitons bien de nos plantes !
