Juillet 2026, on subit l’attaque implacable de la canicule 26.3, la plus longue de la saison pour l’instant, et probablement pas la dernière. Les sols sont desséchés, les plantes assoiffées, les forêts brûlent. Et si on regarde les simulations des climatologues, qui essaient de nous prévenir depuis plus de 50 ans, c’est probablement l’été le plus frais du reste de nos vies.
Dans des situations où la température est 10-12-15 °C plus élevées que les normales de saison, qu’est-ce que deviennent nos jardins ?
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ToggleLe changement climatique, ce n'est pas dans 5 ou 10 ans, c'est maintenant
Quand j’ai acheté la maison l’année dernière et quand j’ai commencé cette série après mon arrivée dans la maison fin février, j’étais pleine de motivation pour le jardin. J’avais des idées plein la tête et je pensais que j’avais le temps d’observer ce qu’il restait du jardin après des années d’abandon. Le temps d’admirer la faune qui y a trouvé refuge : hérissons, orvets, libellules, papillons, oiseaux et plus d’espèces d’abeilles que je ne pensais possible.
Dans ma naïveté ou mon optimiste, je me disais que j’avais entre 5 et 10 ans devant moi. 5 ans pour mettre en place des stratégies. 5 ans pour tester des plantes, pour tenter une cohabitation potager/faune sauvage, pour planter et faire pousser ma haie et quelques arbres, pour recouvrir la façade de plantes. Bref, 5 ans pour préparer ma future jungle au changement climatique.
Quelle désillusion…
Aujourd’hui, le jardin est silencieux. Les orvets ont disparu, les hérissons survivent grâce aux gamelles d’eau éparpillées dans le jardin que je remplis matin et soir, religieusement. Les abeilles et les papillons sont tous agglutinés sur l’origan en fleurs, l’une des rares floraisons qui survit.
La crise des autruches
On n’a pas 10 ans devant nous, comme le disais les prédictions optimistes du GIEC à l’horizon 2050. On n’a pas non plus 5 ans. Non, c’est maintenant. C’est brutal. Et c’est mortel à tous les étages de notre environnement. Et je compte les humains comme un élément à part entière de l’environnement, même si la plupart d’entre eux se considèrent comment à part (et c’est peut-être l’une des fondations du problème).
La nature telle qu’on l’a connue (même si elle était déjà bien abîmée), les saisons telles qu’on les a connu, c’est terminé. Pas en 2050, en 2026. Parce que nos gouvernements, nos politiques, nos classes dirigeantes ont préféré jouer l’autruche et laisser quelques uns se remplir les poches (et les leurs au passage) sans se soucier un seul instant des conséquences.
Eux s’en fichent, ils auront les moyens d’y survivre avec confort. Mais nous, toi et moi, les humains lambda, le vivant dans sa globalité, on va souffrir.
Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
Il y a un adage vieillot que j’aime bien : « il ne sert à rien de pleurer sur le lait renversé ».
Quand on m’a diagnostiqué une maladie auto-immune qu’on ne sait pas soigner, il y a 10 ans, c’est lui qui m’a fait prendre une grande respiration et me dire : OK, ça, ce sont tes nouvelles limites. Tu as deux solutions : t’enterrer dans ta chambre avec tes médocs, ou réorganiser ta vie pour la vivre aussi pleinement que possible.
Tu t’en doutes, je ne me suis pas terrée dans ma chambre, même si certains jours, la tentation est grande. J’ai revu mon projet professionnel pour éviter les situations qui déclenchent des crises, j’ai ralenti le rythme sur certaines choses et surtout j’ai cherché, testé toutes les solutions qui pouvaient me permettre de vivre sans crise, sans douleur (et avec le moins de médicaments possibles).
La situation actuelle est plus complexe, parce qu’elle ne tient pas qu’à nous. Mais à notre échelle, nous pouvons faire bouger les choses, et surtout, pousser nos politiques, nos dirigeants, à agir dans le bon sens.
Si certains pays ont réussi à inverser la tendance et à retrouver leurs forêts tropicales, si des pays sont capables de se passer intégralement de pesticides et atteindre la souveraineté alimentaire, pourquoi on n’arriverait pas à adapter notre territoire ?
Je ne vais pas entrer dans les détails ici, mais voilà quatre choses que tu peux faire à ton échelle pour faire bouger les choses.
Ne pas voter pour les autruches
Aucun programme, aucun candidat n’est parfait. Mais il y en a qui plongent la tête dans le sable comme des autruches, et d’autres qui sont prêts à affronter le problème. Juste vote et sois pragmatique, c’est trop important pour se laisser distraire par les faux problèmes qu’on agite devant nous.
Soutenir les initiatives locales
S’il y a une association, un collectif ou autre qui œuvre justement sur les questions de l’environnement, de la protection de la nature, de l’adaptation de son territoire au nouveau climat, aides la. Ca peut être du temps, des dons, ou même juste accepter de parler d’eux autour de toi. Rappelles toi qu’une signature sur une pétition, ça a déjà changer le cours de l’histoire.
Faire pression sur les politiques locales
Il existe de nombreuses solutions pour adapter nos territoires. Certes, le gouvernement rabote d’année en année le budget alloué. Mais nos collectivités peuvent agir, ne serait-ce qu’en faisant preuve de bon sens !
Ne pas tondre les espaces verts pendant les canicules, ne plus utiliser de pesticides, annuler les feux d’artifices en période de sécheresse, favoriser l’installation de circuits courts alimentaires, réduire les surfaces de béton et de goudron pour laisser place à la végétation, couper les lampadaires la nuit…
Certaines de ces solutions ne coutent rien, d’autres pourraient très bien être mises en place avec du bénévolat. Je connais peu d’habitants qui seraient contre venir donner un coup de main pour planter des arbres et des arbustes en bas de chez eux.
Faire attention à ce que tu consommes
Dans le système capitalisme, acheter, c’est voter. Si personne n’achète un produit, le producteur est obligé de revoir sa copie. Et si tout le monde achète un produit, les concurrents s’en inspirent. C’est un peu un cercle vicieux, puisqu’il faudrait moins consommer globalement.
Mais il y a des choix que chacun et chacune d’entre nous peut faire, dans la limite de ses possibilités, pour se faire entendre. J’étais étudiante quand j’ai pris la décision de manger bio autant que possible. Un budget étudiant, c’est pas très gros. Alors j’ai commencé par les œufs, le riz et la farine. Juste ça, mais si on le fait tou-tes, on pourrait faire disparaître les poulaillers hors-sol (au moins pour les œufs) du territoire. Vous savez, ces énormes hangars métalliques où des milliers d’animaux ont perdu la vie sous la chaleur ces derniers jours…
Les conséquences de trois canicules dans mon jardin (pour l'instant)
La cinquième chose que tu peux faire, c’est adapter ton jardin ou ton balcon pour qu’il résiste mieux à notre nouveau climat. Pour cela, et parce qu’il faut agir maintenant, j’ai totalement revu mon plan de bataille.
Un impact graduel
Avec la première canicule, celle de mai (alors que trois jours avant, j’avais 15 °C au plus chaud), l’herbe a grillé sur les rares espaces tondus. Quelques unes de mes plantes tropicales, sorties pour l’été, ont pris des coups de soleil avant que je les transfère en catastrophe sous le pommier.
Mais globalement, on s’en sortaitpas trop mal, sauf peut-être dans le potager où les épinards et les radis sont montés en graine en moins de 48 h. Hop, bye bye la récolte de fin de printemps.
Avec la première vague de chaleur, les épinards sont montés en graines, stoppant nette la production de feuilles
La montée en fleurs des radis s’accompagne d’une attaque violente d’altises qui dévore toutes les feuilles
La deuxième canicule a été très violente. On a atteint ici les 40 °C à l’ombre au lieu de nos habituels 22-25 °C. Je crois bien que je n’avais jamais subi une telle chaleur dans ma vie. Est-ce que j’ai frôlé le coup de chaud le seul jour où je suis sortie en journée et non à l’aube ? Oui.
Et mon jardin, lui, a commencé à souffrir. Les herbes hautes sont sèches et cassantes, les feuilles et les fleurs de l’hortensia, déjà bien abimé par l’abandon du jardin, ont grillé en bordure. Les rosiers et les digitales ont sacrifié leurs fleurs et les boules de buis ont commencé à griller en surface.
Je pensais que c’était tout. Mais d’autres marques sont arrivées dans l’entre-canicule. Les quetsches tombent les unes après les autres et l’un des rejets de prunier qui ont envahi le jardin est en train de sécher sur pied.
L’un des rejets du prunier a brutalement jauni sous l’effet de la chaleur
Seuls les pissenlits, le trèfle et les plantains tiennent le coup dans les endroits tondus face aux canicules, pour l’instant
La troisième canicule est là et il n’y a pas d’eau. Les quetsches continuent de tomber et dans la pelouse grillée, même le trèfle et le plantain qui résistaient jusque là commencent à jaunir. Le poirier montre quelques feuilles intégralement noircies et les seules fleurs qui restent sont le gros fuchsia à l’angle de la parcelle (même s’il est un peu floppy par la soif), quelques fleurs de tomates et le tapis d’origan devant la maison. C’est peu pour la saison. Même mes lavandes, encore en jardinière, n’ont pas supporté. Tout est sec.
Il reste encore probablement 2 à 3 jours de chaleur intense, sans une goutte de pluie. Peut-être plus. Et je ne sais pas combien de temps mon jardin va encore tenir sans une bonne averse ou deux (ou dix).
Les lavandes ont grillé, alors qu’elles étaient sur le point de fleurir
Même les feuilles de Fatsia japonica commencent à montrer des signes de brûlures désormais
La résistance est tout de même là
Il y a une partie du jardin qui résiste étonnamment bien pour l’instant : le roncier infernal.
Quand j’ai acheté la maison, les deux tiers du jardin étaient recouverts d’un épais roncier (ou d’orties), suffisamment dense pour qu’on ne puisse pas envisager le traverser. Comme je suis arrivée en hiver, j’ai décidé de ne pas toucher au roncier de suite, pour éviter de déranger la faune qui y hiberner.
L’objectif de cet été était de rogner le roncier sur les bords et d’y tracer les allées, au moins la principale. Avec la chaleur, il n’y a pas eu beaucoup de jours où il était possible de sortir travailler dans le jardin et j’ai préféré donner la priorité à mon mini-potager.
Le roncier infernal a donc eu quartier libre et il ne s’en est pas privé. Canicule ou pas, il continue d’avancer inexorablement vers la terrasse ou dans les branches du petit pommier et de ce que je soupçonne être un noyer.
Il est intact. Tellement intact qu’il est couvert de fruits. Intact au point d’avoir protégé toutes les plantes qu’il a envahi. Certaines, les roses ont fané sous le soleil de plomb. Mais les quatre rosiers que j’ai repéré se portent bien, les saules et le second fuchsia aussi.
Et le soir, quand les températures redescendent un peu, c’est du roncier que je vois émerger les oiseaux et le hérisson. Peut-être que le roncier infernal n’est pas mon adversaire dans cette histoire. Peut-être même qu’il va être l’un de mes alliés les plus précieux.
Le roncier survit à la canicule sans souci, protégeant les arbustes qu’il a envahi
L’origan est l’une des rares floraisons qui perdurent pendant les canicules
Quel avenir pour les jardins avec le changement climatique ?
Le changement climatique est arrivé, brutalement, même si nous étions prévenu depuis les années 1970. L’absence de décisions et de politiques d’envergure de la part de nos politiques, à l’échelle nationale et internationale, nous plonge dans l’un des scenarios envisagés les plus intenses. Et il suffit de voir les dernières décisions prises pendant que nous étouffons pour savoir qu’il ne faudra pas compter sur le gouvernement actuel pour faire quelque chose pour nous sortir de là.
Cependant, la nature est résiliente, et en regardant mon jardin survivre aux canicules successives, je me dis que mes rêves de jardin ne sont pas à mettre au grenier, au fond d’un carton. Il faut par contre sérieusement revoir tout ce que je pensais possible jusqu’ici, de la manière de planter aux plantes à sélectionner.
Pendant la deuxième canicule, face aux 40 °C et plus qui étouffait mon coin de Normandie normalement si fraîche et verte, je me suis demandais si nos potagers traditionnels allaient brûler. Pas dans un immense brasier qui ronfle et crépite, mais silencieusement, avec les feuilles et les fleurs qui dessèchent une par une, les fruits qui avortent, faute de pollinisateurs et les graines qui refusent de germer.
J’ai fait un post sur Instagram et Facebook à ce sujet. J’ai eu plein de retours de jardiniers de toutes les région et surtout, beaucoup ont partagé leurs solutions pour faire face à ce changement climatique. Grâce à eux et à quelques recherches sur les pays qui font face à ce type de climat, je commence à faire évoluer mes plans pour le jardin. Je t’en parle dans le prochain article.
En attendant, bon jardinage et profites de tes plantes !
